/opinion/columnists
Navigation

Québec protège mal ses trésors

Le vérificateur général de la Ville de Québec, Michel Samson
Photo d'archives Stevens Leblanc Le vérificateur général de la Ville de Québec, Michel Samson

Coup d'oeil sur cet article

Démolitions discutables, inventaire incomplet, connaissance limitée de la valeur patrimoniale et de l’état de certains bâtiments, suivi déficient auprès des propriétaires négligents : le rapport du vérificateur général démontre que la Ville de Québec pourrait faire beaucoup mieux pour protéger son patrimoine.

Je rapportais tout récemment l’initiative d’un regroupement de onze sociétés d’histoire de Québec, qui réclament des engagements des candidats et candidates à la mairie de Québec en ce qui concerne la protection du patrimoine. 

Trop de trésors témoignant de notre histoire ont été détruits ces dernières années, ce qui est d’autant plus inacceptable dans une ville comme Québec. 

Ce dernier constat trouve écho dans le rapport du vérificateur général de la Ville de Québec, qui a déposé hier son rapport annuel. Dans le chapitre traitant de la connaissance, de la protection et de la mise en valeur du patrimoine immobilier, ce dernier y va de constats pour le moins préoccupants. 

Manque d’efficacité 

On peut lire que les mesures mises en place par la Ville afin de protéger les bâtiments patrimoniaux de son territoire ne peuvent être pleinement efficaces. Il ressort en effet un « manque de connaissance sur la valeur et l’état des bâtiments patrimoniaux, le manque de suivi des immeubles vétustes et le manque de leadership en matière de patrimoine », précise-t-on. La communication entre les services impliqués s’avère également déficiente.

On donne ainsi plusieurs exemples de bâtiments disparus, mais dont la démolition n’aurait peut-être pas été autorisée si des actions avaient été posées en amont, ou encore si leur évaluation patrimoniale avait été à jour. Ce laxisme est déplorable, car il est évidemment impossible de revenir en arrière.

Sur le tard

Puis, plusieurs mesures de la Vision du patrimoine adoptée avant l’élection de 2017 n’ont pas été suivies, constate encore le vérificateur général, et celle-ci a été mal communiquée aux divers intervenants de la Ville. 

Il a fallu attendre mai 2021 pour qu’un premier bilan relatif à cette vision soit produit, soit quatre ans après son élaboration. Il en ressort que le quart des pistes d’action prévues n’ont toujours pas été réalisées ou ont été abandonnées. Il devait y avoir un grand chantier de collaboration avec les acteurs du patrimoine et les citoyens afin de se doter d’outils de protection et de réflexion sur les biens à conserver. Il n’a jamais été mis en place. En réaction au rapport, la Ville promet de le faire, mais ce devrait déjà être le cas depuis longtemps. 

Les dossiers de patrimoine relèvent, depuis quatre ans, de Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif et candidate à la mairie. Jusqu’à quel point en a-t-elle fait une priorité ? La question se pose. 

Le rapport du vérificateur général fait ressortir à son tour la nécessité de voir les candidats s’engager et faire part de leur vision face au patrimoine qui pourrait, de toute évidence, être beaucoup mieux protégé.