/investigations
Navigation

Une blague d’un juge qui ne passe pas

Il fait face à la discipline de ses collègues magistrats

Bruno Leclerc
Photo d'archives, Agence QMI Le juge Bruno Leclerc en 2010, alors qu’il était procureur de la Couronne.

Coup d'oeil sur cet article

Un juge de la Cour du Québec qui, en plein tribunal, avait lancé une blague déplacée à l’endroit d’un accusé confus et «vulnérable», a dû s’expliquer mercredi devant un comité disciplinaire mené par ses collègues magistrats.

• À lire aussi: Discipliner les juges coûte cher et donne peu de résultats

Appelé à témoigner devant le Conseil de la magistrature du Québec, le juge Bruno Leclerc a reconnu qu’il avait agi «stupidement», «de manière tout à fait irréfléchie» et en faisant preuve d’un humour douteux lors de l’audition d’une cause criminelle l’année dernière.

Visé par une plainte déposée au Conseil, le juge Leclerc, qui siège à Joliette, pourrait être réprimandé et voir son dossier personnel entaché d’un blâme.

La cause s’est déroulée à la fin juillet 2020, alors que le magistrat entendait un homme qui venait d’être accusé d’une infraction criminelle de faible gravité. 

Selon ce que l’on a pu entendre hier lors de l’audition des bandes audio du procès, l’accusé, non représenté par un avocat, semblait perturbé et saisissait mal la nécessité des procédures lancées contre lui.

Le juge Leclerc avait décidé de demander que l’accusé, Kenneth Huron, fasse l'objet d'une évaluation psychiatrique à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal. Mais le ton avait monté entre les deux hommes.

Toujours confus, l’accusé avait alors demandé au juge Leclerc de s’identifier.

Peine perdue, ce dernier lui avait répondu en donnant le nom d’un autre magistrat siégeant à Joliette.

«Vulnérable»

L’avocate qui représente la poursuite dans ce dossier pour le Conseil de la magistrature estime que ce type d’humour est totalement inapproprié dans un cas comme celui-là. 

«Ce que je trouve particulièrement préoccupant [...] c’est le fait qu’on a affaire à un individu vulnérable, qui fait preuve, de toute évidence, d’une certaine confusion», a souligné Me Lucie Joncas.

L’induire en erreur de cette façon pouvait avoir des impacts sur l'accusé. 

«On ment à un individu qui va se retrouver avec un psychiatre de [l’Institut] Pinel et on va lui poser des questions sur les intervenants. [Or] le juge a donné un faux nom», a déploré Me Joncas.

Des excuses

Quant au juge Leclerc, il s’est amplement excusé pendant son témoignage et a promis de ne plus recommencer.

C’est la première fois dans sa carrière de magistrat qu’il est l’objet d’une plainte au sujet de son comportement.

Malgré nos recherches, il a été impossible de savoir si l’accusé est ou non d’origine autochtone. Après son évaluation psychiatrique, il a finalement été jugé apte à subir son procès.

Le comité d’enquête du Conseil de la magistrature rendra bientôt sa décision dans le dossier.