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Même en santé, la chaleur l’a tué

En pleine pandémie, une femme a dû faire le deuil de son conjoint des 38 dernières années

GEN-ANN-SAINT-AUBIN
Photo Agence QMI, Joël Lemay Ann St-Aubin et son conjoint, Christian Martin, ont consacré leur vie à leur passion, les chevaux. M. Martin est mort d’une crise cardiaque causée par la chaleur, l’été dernier, en chargeant sa remorque de sacs de ripes pour l’écurie.

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Christian Martin était en pleine forme, selon son cardiologue. Et pourtant, quelques mois plus tard, en chargeant sa remorque de ripes de bois pour ses chevaux, l’homme de 56 ans s’est effondré et est mort subitement.

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« Il venait de passer tous ses examens cardiaques, le cardiologue lui avait dit qu’un jeune de 30 ans était beaucoup moins en forme que lui », explique Ann St-Aubin, sa conjointe.

En mars 2020, il a aussi passé un examen d’imagerie médicale cardiopulmonaire et tout était normal.

Sa conjointe insistait pour qu’il passe des examens régulièrement, car la mère de M. Martin était décédée d’une crise cardiaque à 59 ans. « Même chose pour son grand-père, à 76 ans, et son oncle, à 56 ans », soupire-t-elle.


Canicule 

Et pourtant, le 18 juin 2020, le pire est arrivé. Entre le 17 juin et le 23 juin, une vague de chaleur déferle sur le sud de la province.

Montréal et la Montérégie, où réside M. Martin, sont les points les plus chauds.

Il faisait au moins 35 °C avec le facteur humidex. 

Après sa journée de travail pour un manufacturier de fenêtres, un travail assez physique, il s’est rendu à Saint-Amable, sur la Rive-Sud de Montréal, pour acheter de la ripe à chevaux.

« Je lui avais dit de remettre ça, parce qu’il faisait trop chaud, mais il voulait absolument y aller », explique Mme St-Aubin.

Il devait charger 120 sacs de ripes d’une quarantaine de livres chacun.

Comme il faisait très chaud, il a averti un employé du commerce qu’il prenait son temps, précise le rapport du coroner.

Il était alors 15 h 40.

Mort subite

Vers 16 h 50, l’employé a retrouvé le quinquagénaire inanimé au sol, à côté de sa remorque.

« J’avais mis quatre bouteilles d’eau dans son lunch et je lui avais dit de boire, se souvient Mme St-Aubin. Il est mort avec sa bouteille d’eau dans les mains et elle n’avait pas été débouchée. » 

Les trois autres étaient dans sa boîte à dîner.

Vers 17 h 30, Ann St-Aubin ne tenait plus en place. 

M. Martin ne répondait pas à son cellulaire. Elle craignait qu’il ait eu un accident de voiture. 

Elle a alors décidé d’aller voir sur la route si une collision avait eu lieu.

À peine était-elle sortie de chez elle, deux policières sont arrivées et lui ont annoncé que M. Martin avait eu un malaise et se trouvait à l’hôpital Pierre-Boucher. 

« Quand je suis arrivée, j’ai voulu aller aux urgences, mais une infirmière m’a dit que je devais voir le médecin avant. J’ai compris qu’il était mort. »

Le rapport conclut que la crise cardiaque a été précipitée par la chaleur excessive. 

« Du jour au lendemain, ma vie s’est effondrée, dit-elle. Le lendemain, je me suis réveillée et j’ai vu qu’il n’était pas là. J’avais sa chaîne dans le cou avec la mienne, celles qu’on avait achetées pour notre 10e anniversaire. On les enlevait jamais. C’est là que j’ai vraiment réalisé qu’il était mort. »  

Tout le monde peut mourir quand il fait chaud  

En période de canicule, tout le monde, même ceux qui sont en excellente santé, doit se montrer prudent.

« Pendant les canicules, on parle beaucoup des personnes vulnérables, des personnes âgées avec des problèmes de santé, mais tout le monde est à risque », précise Daniel Gagnon, de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Les résumés des rapports de coroner sur des victimes de la chaleur présentés dans les pages suivantes vous permettront de mieux comprendre quels facteurs ont joué un rôle important.

Pour faire notre analyse, nous avons fait une demande d’accès à l’information au Bureau du coroner pour obtenir tous les rapports entre 2015 et 2020, dans lesquels les coroners ont conclu que la chaleur avait contribué ou causé la mort. Il s’agit d’une des façons de compter le nombre de décès, mais pas la seule. 

Pointe de l’iceberg

Quelle que soit la méthode utilisée, il est difficile d’avoir un portrait exhaustif. Plusieurs décès sont souvent attribués à des infarctus et pas à la chaleur s’ils ne surviennent pas pendant une canicule. 

Il est aussi possible qu’une personne ne meure pas en raison d’une chaleur interne trop élevée, mais que la chaleur ambiante ait pu solliciter et épuiser l’organisme. 

« Chez des gens qui ont des problèmes, ça peut être la goutte qui fait déborder le vase », explique M. Gagnon.

« En fait, la majorité des décès dus à la chaleur ne sont pas liés aux périodes de chaleur extrême. Ça veut dire que le risque de décès augmente très lentement à partir d’environ 15 °C et plus rapidement à partir d’environ 27-30 °C », explique le Dr David Kaiser, chef médical de l’équipe Environnements urbains et santé des populations, à la Direction régionale de santé publique de Montréal. 

– Avec Élizabeth Ménard, Agence QMI