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Ah, que le pire m’arrive !

<strong><em>Pratique d’incendie</em><br>Kiev Renaud</strong><br>Leméac<br>112 pages
Photo courtoisie Pratique d’incendie
Kiev Renaud

Leméac
112 pages

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Avec Pratique d’incendie, on a accès aux rigolotes pensées de Camille, enfant ordinaire qui ne demande qu’à se distinguer du lot. Et c’est irrésistible !

C’est un tout petit livre, si étroit et si mince qu’il se glisse sans peine dans une poche de veste. Même sa couverture, toute blanche, se fait oublier. Aussi discret en fait que sa protagoniste qui, s’en désole-t-elle, passe inaperçue.

Mais faut voir ce qui se cache sous tant d’effacement ! Ça roule fort dans la tête de Camille, 12 ans.

Il y a pléthore de romans d’apprentissage qui racontent sur tous les tons le passage de l’enfance à l’âge adulte. Encore faut-il que ce ton sache nous accrocher : c’est le cas ici.

La première version de Pratique d’incendie s’était retrouvée finaliste au Prix de la nouvelle Radio-Canada il y a quatre ans. Étoffée depuis, elle gagne le titre de roman et c’est heureux, car Kiev Renaud a su y faire avec sa Camille.

Enfant tranquille d’une banlieue tranquille, celle-ci se désespère que rien de rien ne lui arrive. « Mon grand drame est de ne pas avoir grand-chose d’impressionnant à raconter : mes parents ne sont même pas séparés et je n’ai, hélas, rien à leur reprocher. »

Si au moins les événements extérieurs s’y mettaient ! Eh non ! Même que la seule fois où la cave de la maison a été inondée, le surplus d’eau s’est vite résorbé.

Quant aux alertes d’incendie à l’école, Camille a beau imaginer des drames (« j’ai essayé, une fois, de sortir du corridor à plat ventre, et la professeure m’a demandé d’arrêter mon cirque »), ça reste toujours des pratiques sans conséquence.

Physiquement, c’est l’anonymat : cheveux bruns, taille moyenne, même pas de lunettes. Et impossible de se vanter de caractéristique spectaculaire : ni grand écart parfait ni oncle célèbre, même pas ambidextre.

Un journal de mort

Quand même, elle est allergique aux noix ce qui, bien sûr, peut mener à la mort. Et la mort, ça, c’est dramatique. Donc fascinant.

Camille va concentrer son imagination là-dessus : pour faire face à l’inéluctable, elle va tenir un journal de mort, évoquant les scénarios possibles (en dormant, en chutant, en se noyant ?). Et en leur donnant surtout son interprétation personnelle.

Kiev Renaud lui prête donc des réflexions qui font mouche. Ainsi du plaisir d’être une gardienne avertie : ça donne une excuse socialement acceptable pour continuer à jouer quand on a 12 ans. Car faudrait pas mourir de honte ! Renaud sait aussi esquisser un personnage en quelques mots. Au secondaire, on est considérée quand on a un amoureux, alors Camille s’en choisit un : « J’élis au hasard un garçon maigre, dont j’aime la fragilité des poignets. »

Ce garçon, on le comprend aussitôt, ne saura rien des sentiments qu’il inspire alors que Camille leur invente tout un avenir. Sauf faire l’amour : ça, non quand même !

C’est frais, c’est inventif et c’est la preuve par le sourire que l’ordinaire est aussi une aventure !