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On n’achète ni la vérité ni la réconciliation

CANADA-POLITICS/
Photo Reuters Mary Simon, gouverneure générale du Canada

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Gouverneur général et représentant de la Couronne britannique du Canada ? Sans la reconnaissance des crimes commis sous son autorité au Canada, moi, descendant autochtone, je refuserais l’offre. 

Mary Simon, une autochtone originaire de Kangiqsualujjuaq, au Québec, a été nommée gouverneure générale du Canada le 6 juillet dernier par la reine d’Angleterre dans les circonstances que nous connaissons. C’est une nomination recommandée par Justin Trudeau, premier ministre du Canada. 

Un symbole et l’histoire

Mary Simon, autochtone très concernée par le sinistre épisode des pensionnats autochtones, devient donc de fait la représentante de la Couronne britannique au Canada. Cette même Couronne qui était dans l’antichambre d’un génocide culturel au Canada.

Rappelons notamment la déliquescence des Métis et Louis Riel, qui fut pendu parce qu’il s’opposait à l’accaparement des terres de ses ancêtres et envisageait une fédération des Métis dans le but de créer un gouvernement provisoire de résistance contre cette Couronne. 

Rappelons la pendaison, en public, de résistants autochtones à Battleford, en Saskatchewan, et de leur enterrement dans une fosse commune.

Rappelons le génocide culturel dont ont été victimes les Premières Nations sous la houlette du suprémaciste John Alexander MacDonald, son initiateur et père fondateur de la Confédération canadienne.

Coupable Couronne 

Au nom de l’empreinte de cette Couronne dans un passé pas si lointain, on tua et l’on assimila de force des peuples autochtones dans un élan suprémaciste, raciste et hégémonique, planifié au Canada comme ailleurs dans le monde.

Ailleurs dans le monde, les victimes de cette Couronne sont légion, notamment chez des autochtones africains et asiatiques. En Chine également, chez les Maoris en Nouvelle-Zélande, en Australie, et partout où se posait un « problème autochtone »...

À travers l’auréole de cette Couronne, des centaines de milliers d’âmes demandent justice.  

Alors, tant et aussi longtemps que la Couronne britannique ne reconnaîtra pas les crimes commis sous son autorité au Canada et même ailleurs dans le monde dans le dessein d’y étendre son empire, moi, autochtone, je n’accepterais pas le poste de gouverneur général.

Tant et aussi longtemps que la Couronne britannique ne s’excusera pas officiellement des génocides culturels commis sous son autorité au Canada et ailleurs dans le monde, moi, autochtone, je n’accepterais pas de la représenter au Canada.

Ce serait également le cas si j’étais Métis, Acadien ou républicain canadien-français.

Réhabiliter la Couronne ?

Mary Simon est la première personne issue des Premières Nations à accepter et à occuper la fonction de gouverneure générale dans l’histoire du Canada. 

Outre le fait de donner bonne conscience aux héritiers de la Couronne britannique ou de redorer son image et de potentiellement servir de couvercle sur la marmite de la vérité et de la réconciliation, quel rôle significatif Mme Simon est-elle en mesure de jouer pour rendre justice à la mémoire de toutes ces victimes ?  

Quel rôle significatif Mme Simon est-elle en mesure de jouer pour faire reconnaître constitutionnellement les Premières Nations comme peuple fondateur du Canada ?

De quelle marge de manœuvre dispose-t-elle concrètement pour instiller une meilleure perception de la fonction de gouverneure générale du Canada, réputée anachronique et strictement honorifique ? Les attentes sont grandes...