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Un producteur de pot d’ici voit grand

Origine Nature investira 6,5 millions de dollars pour doubler la taille de son usine de Sainte-Agathe-des-Monts

Dave Bow
Photo Pierre-Paul Poulin Les installations d’Origine Nature font actuellement 20 000 pi2 et passeront sous peu à 45 000 pi2.

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Le rêve se poursuit pour Origine Nature. Avec son permis de vente de cannabis en poche depuis le mois de mars, l’entreprise de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, va bientôt doubler la taille de son usine ainsi que sa production, ce qui, depuis le début, était l’objectif de son ambitieux fondateur.

Origine Nature, c’est le bébé de Dave Bow, un vieux routier de la restauration qui possède une franchise Casey’s Bar & Grill et une franchise St-Hubert à Mont-Tremblant. Il s’est lancé dans le cannabis en 2017, à la suite du cancer qui a eu raison de son père. 

Dave Bow
Photo Pierre-Paul Poulin

« Fumer du pot au lieu de prendre de la morphine, ça lui a donné six mois de plus avec nous sans devenir un zombie », raconte l’entrepreneur, qui vient tout juste d’avoir 40 ans.  

Il a d’abord convaincu sa famille et ses amis d’investir dans le projet et a récolté 500 000 $ de cette façon. « C’est grâce à eux qu’on est là aujourd’hui », tient-il à préciser. 

Plus de 40 investisseurs

Deux rondes de financement ont suivi en décembre 2019 et en mars 2020. Total des courses : 41 investisseurs et 5,7 M$. 

« Dave a une excellente réputation et il a réussi à convaincre bien du monde, il a dû rencontrer facilement 400 personnes autant en Ontario qu’au Québec », dit fièrement son numéro deux, le bien nommé Mathieu Laverdure, qui connaît Dave depuis presque 20 ans. 

Aujourd’hui, Origine Nature produit 100 kilos de cannabis par semaine, soit à peu près 4 tonnes par année. Et depuis mars, elle peut vendre directement à la Société québécoise du cannabis (SQDC), en vertu du permis de vente qu’elle a obtenu de Santé Canada. Au Québec, 92 entreprises ont un permis de production de cannabis, mais une petite poignée seulement peut aussi en vendre directement à la SQDC. 

Dave Bow, 40 ans, a créé l’entreprise après la mort de son père.
Photo Pierre-Paul Poulin
Dave Bow, 40 ans, a créé l’entreprise après la mort de son père.

Avec l’agrandissement de l’usine, qui va passer d’une superficie de 20 000 à 45 000 pieds carrés, Dave et Mathieu vont produire 7,5 tonnes par année dès 2023. 

« Le financement n’est pas complété, car les institutions financières sont très frileuses, mais je n’ai aucun doute qu’on va y arriver, avec ou sans les banques », assure le PDG. 

À défaut de devoir repartir sur la route afin de convaincre de nouveaux investisseurs, il dit par ailleurs avoir confiance de voir quelques-uns des 41 premiers investisseurs doubler leur mise.

Production artisanale

Ce qui distingue Origine Nature dans le marché très compétitif du cannabis récréatif est son côté artisanal. Les plantes sont récoltées et coupées à la main, puis sont séchées à l’ancienne, directement sur place, « ce qui donne de bien plus belles cocottes que celles de la concurrence », explique Mathieu Laverdure, dont le titre officiel est vice-président aux opérations. 

Pour l’instant, ajoute-t-il, l’entreprise produit deux types de cannabis séché et un troisième sera offert sous peu. 

Avec l’agrandissement, le nombre d’employés passera de 49 à un nombre entre 80 et 100, ce qui permettra à Origine Nature d’offrir jusqu’à huit produits différents, dont des joints préroulés. Encore une fois, ce produit sera fait de façon artisanale, sans machine et « à l’huile de bras ».

Pour l’instant, Origine Nature produit 100 kilos de cannabis séché par semaine.
Photo Pierre-Paul Poulin
Pour l’instant, Origine Nature produit 100 kilos de cannabis séché par semaine.

Si l’entreprise compte 49 employés, elle n’en comptait que 3 il y a à peine 16 mois. C’est une fierté pour Dave Bow, qui insiste pour dire qu’il n’a perdu que deux personnes durant cette période. Il faut savoir que ses employés ne gagnent pas des masses, soit entre 18 et 22 $ l’heure. 

« Notre taux de roulement est exceptionnel. Quand je dis qu’on est une famille, je ne niaise pas », se targue celui pour qui la grosseur de l’entreprise importe moins que le bonheur des troupes.

C’est pourquoi il compte bien résister à la vague de consolidation et de fusions et acquisitions de l’industrie. 

« Ce n’est pas sur notre radar de grossir pour grossir. On veut rester fidèles à nos valeurs, et notre focus est sur le consommateur », lance Dave. 

Son but est de faire d’Origine Nature le St-Hubert du cannabis, « une belle entreprise québécoise avec de belles valeurs ». 

Oui, mais Dave, St-Hubert a été vendu à des Ontariens en 2016... « Je n’ai pas l’intention de vendre », rigole-t-il.   

Le permis de vente, un nouvel eldorado   

L’histoire d’Origine Nature démontre bien que le permis de vente octroyé aux entreprises par Santé Canada est le nouvel eldorado dans le secteur du cannabis récréatif. 

Si, au Canada, 712 entreprises – dont 92 au Québec – ont le droit de produire du cannabis en vertu d’un permis de Santé Canada, on en compte beaucoup moins qui ont aussi le droit d’en vendre. Ceux qui n’ont pas le permis de vente doivent donc passer par ceux qui l’ont afin de voir leurs produits débarquer dans les magasins de la SQDC ou leurs équivalents canadiens. 

« Les permis de production sont plus faciles à obtenir qu’avant, même si ça reste assez compliqué, mais le nerf de la guerre, aujourd’hui, c’est vraiment le permis de vente », confirme l’avocat Maxime Guérin, du cabinet Saraïlis, à Québec.

Assurance-qualité

M. Guérin porte deux chapeaux : celui d’avocat, qui l’amène à être de tous les combats dans le secteur du cannabis, et celui de microproducteur, grâce à son entreprise Mindicanna.

Il explique que pour obtenir un permis de vente, il faut d’abord avoir un préposé à l’assurance-qualité dans son équipe, « un chimiste ou un biochimiste qui coûte une fortune ». Ensuite, il faut attendre six mois en moyenne entre la demande à Santé Canada et l’obtention du permis. 

Écoutez Le bon plant une série balado sur le cannabis qui sort des sentiers battus, au-delà des idées préconçues.

« La réalité, c’est que la plupart des petits joueurs n’ont pas les moyens de se payer un préposé à l’assurance-qualité et ils ne peuvent pas non plus attendre six mois sans revenu », expose l’avocat-producteur. 

Ce qui fait que beaucoup de petits joueurs sont à la merci des gros pour leur distribution. 

« L’idéal, ce serait que Santé Canada permette à tous les microproducteurs d’emballer et de distribuer une petite quantité de cannabis par année », croit-il. 

Ceci permettrait une bien plus saine concurrence entre petits et gros producteurs, soutient Maxime Guérin. 

Le cannabis au Québec en chiffres    

  • 91,5 tonnes : Volume de cannabis vendu à la SQDC entre mars 2020 et mars 2021   
  • 173 tonnes : Estimation de la demande annuelle québécoise de cannabis faite par le ministère des Finances du Québec   
  • 91 : Nombre de permis de production octroyés par Santé Canada à des entreprises du Québec (712 pour le Canada)   
  • 53 % : Proportion du marché illicite du cannabis gagnée en 30 mois par la SQDC   
  • 13 : Nombre de permis de vente octroyés à des entreprises du Québec par Santé Canada      

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