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«Ils ont emmené ma fille»: l'angoisse à Cuba après la vague d'arrestations

«Ils ont emmené ma fille»: l'angoisse à Cuba après la vague d'arrestations
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La Havane | «Ils ont emmené ma fille hier et je n'ai aucune nouvelle», dénonce, en pleurs, une femme face au commissariat de El Capri, dans la banlieue de La Havane, après la centaine d'arrestations survenues lors des manifestations historiques qui ont secoué Cuba. 

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Inconsolable et le visage fatigué, elle ajoute: «je ne dirai rien de plus et je ne veux pas qu'on me filme».

Dans El Capri et La Güinera, deux quartiers voisins dans la périphérie de la capitale, le calme était revenu mardi, mais policiers, militaires et agents en civil quadrillaient les rues.

La veille, les chaussées avaient terminé jonchées de débris de verre et de pierres après une nouvelle manifestation, d'une centaine de personnes, aux cris de « À bas le communisme» et de «Patrie et Vie» (le titre d'une chanson polémique) puis des heurts avec les forces de l'ordre.

À l'entrée du commissariat à la façade bleue de deux étages, une agente reçoit les familles qui viennent chercher des informations sur leurs proches arrêtés.

«Toutes les personnes arrêtées ont été transférées au [centre de détention] Vivac, à celui de 100 y Adabo [quartier général de la direction technique de la police nationale] et à celui de 10 de Octubre», leur dit-elle, sans plus de détails.

Commence alors pour les familles une recherche angoissante à travers la ville.

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«Injuste»

Une mère de 50 ans est venue demander où se trouve son fils, âgé de 21 ans. Elle non plus ne veut pas donner son nom.

«Ils sont venus le chercher à la maison et l'ont emmené, menotté et en le frappant, sans sa chemise et sans masque» contre le coronavirus, s'inquiète-t-elle.

«Ils ont emmené beaucoup de personnes du quartier, des jeunes et des vieux», ajoute-t-elle, très nerveuse. «Je n'ai rien mangé, j'ai la tension super élevée», car les policiers «ne donnent aucune réponse», se désole-t-elle.

Une jeune femme de 24 ans cherche, elle, des informations sur son frère, âgé d'un an de plus. «Ils sont venus le chercher chez le voisin», «ils l'ont frappé fort, c'était injuste, et ils l'ont emmené», raconte-t-elle, sous couvert d'anonymat.

«Je ne sais pas où est mon frère» et «ma mère a failli avoir une attaque» en apprenant son arrestation, dit-elle.

Au total, selon une liste nominative publiée sur Twitter par le mouvement contestataire San Isidro, mardi, à la mi-journée. 130 personnes étaient emprisonnées ou signalées comme disparues, dont José Daniel Ferrer et Manuel Cuesta Morua, deux des principaux dissidents du pays, ainsi que plusieurs journalistes indépendants.

L'organisation dissidente des Dames en Blanc a annoncé mardi sur Twitter l'arrestation de sa dirigeante, Berta Soler.

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Arrêtée en direct

Sur Facebook, un groupe baptisé «Desaparecidos #SOSCuba» recensait les personnes arrêtées et les demandes d'information de leurs proches.

«Yordi Rodriguez Concepcion, personne ne sait où il est depuis 72 heures, quand ont commencé les manifestations, il vit à San Antonio» de Los Baños, petite ville près de La Havane où a eu lieu le premier rassemblement dimanche, écrit ainsi une internaute.

«Mon petit frère Felix Vazquez est détenu de manière injuste depuis deux jours, jusqu'à quand va-t-on museler la jeunesse, jusqu'à quand la répression?» publie un autre.

Mardi, une youtubeuse, Dina Stars, a été arrêtée chez elle par la police alors même qu'elle parlait dans une émission de télévision espagnole.

«Nous ne savons toujours pas ce qui s'est passé», a raconté l'émission, Todo es mentira, sur son compte Twitter. «Pendant qu'on parlait avec elle, la police cubaine est venue chez elle et l'a emmenée», des images diffusées en direct.

La jeune femme avait publié peu avant un message ironique sur le même réseau social: «je ne serai pas au Capitole à 14h et je n'appelle pas à une manifestation».