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La Gaspésie s’inquiète pour la vie de touristes imprudents

Des centres nautiques en appellent à la vigilance à la suite de deux sauvetages périlleux

Le chef guide Michael Callaghan offre des formations de kayak de mer et de planche à pagaie au Camp de base Gaspésie.
Photo courtoisie Le chef guide Michael Callaghan offre des formations de kayak de mer et de planche à pagaie au Camp de base Gaspésie.

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À l’aube des vacances de la construction et au lendemain d’un drame évité de peu, des centres d’activités nautiques de la Gaspésie réclament plus de vigilance des vacanciers qui s’aventurent sur le fleuve dans des embarcations de fortune.  

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Au cours de la journée de mardi seulement, deux sauvetages ont été effectués en Gaspésie, soit à Sainte-Anne-des-Monts et au large de la plage de Coin-du-Banc, près de Gaspé. 

«Trippes», licornes et crocodiles

Des incidents qui surviennent «très très régulièrement», soutiennent guides et membres de clubs nautiques de la région. 

Ceux-ci déplorent surtout le manque d’expérience et la témérité des vacanciers, qui s’aventurent sur le fleuve ou le golfe du Saint-Laurent à bord d’embarcations gonflables tels «des tapis de piscine, des crocodiles et des licornes».

C’est à bord de cette embarcation qu’un adulte et deux fillettes ont été sauvés mardi, au large de Gaspé.
Photo courtoisie
C’est à bord de cette embarcation qu’un adulte et deux fillettes ont été sauvés mardi, au large de Gaspé.

Une «bonne frousse»

L’opération «inédite», qui a mobilisé près de quarante personnes, mardi, près de Percé, dont les pompiers, la Garde côtière, ainsi que des sauveteurs de Chandler, a donné «une bonne frousse» a un adulte et deux fillettes. Alors que certains ne portaient pas de veste de flottaison, ils se sont aventurés dans le golfe du Saint-Laurent à bord d’une chambre à air, habituellement conçue pour être tirée par un bateau à moteur. 

«On pensait avoir tout vu, mais on n’avait pas encore vu ça», affirme Jean-François Tapp, membre d’Aventure Écotourisme Québec et guide en mer à Gaspé, qui a tenu à lancer un message de prévention sur les réseaux sociaux à la suite de l’incident. 

Selon M. Tapp, des accusations criminelles pourraient être portées dans cette affaire, en raison d’un manque de jugement de la part de l’adulte impliqué. C’est d’ailleurs la conjointe kayakiste de M. Tapp qui a secouru le trio coincé au large, mardi. 

«Les embarcations gonflables, c’est comme une voile. Ça prend dans le vent et c’est facile à faire dériver. En plus, ces embarcations n’ont souvent pas de pagaie efficace. Même si les gens pagaient à fond de train, ils reculent quand même», indique Steven Melanson, directeur général du Club nautique de Percé, qui s’attend à deux «grosses semaines» pour les vacances de la construction à venir. 

Au même moment mardi, un kayakiste et guide en mer du Camp de Base Gaspésie est aussi intervenu pour secourir deux jeunes filles au large de Sainte-Anne-des-Monts. Ces dernières avaient loué des embarcations, sans avoir les compétences pour affronter le fleuve. «Elles étaient en bikini, poussées par le vent, n’étaient pas en mesure d’affronter le fleuve avec leur pagaie, n’étaient pas habillées et avaient froid. Elles n’avaient pas non plus d’équipement pour lancer des appels à l’aide, ni de corde, tel que demandé par Transport Canada», explique M. Tapp. 

Signe que les sauvetages sont très fréquents dans cette région prisée par les touristes, l’organisation Camp de Base Gaspésie, copropriété de M. Tapp, s’est récemment procuré un Zodiak pour intervenir plus rapidement en mer. «Nous ne l’avons même pas acheté pour faire des tours, mais pour sauver des gens qui ne sont même pas nos clients», dit-il. 

À Percé seulement, entre quatre et huit sauvetages «plus ou moins graves» sont effectués chaque été, précise le Centre nautique de la municipalité. 

«Il ne faut pas oublier que nous sommes sur l’Atlantique Nord, ce n’est pas un plan d’eau facile à naviguer et, surtout, c’est très imprévisible. J’ai déjà vu des vagues de quatre mètres. Ça peut devenir extrêmement violent rapidement», affirme M. Melanson. 

Dangereux, le Rocher Percé

Chaque été, M. Melanson et son équipe interviennent «souvent» auprès de vacanciers téméraires, qui se sont aventurés près ou sur le rocher Percé. 

«C’est très dangereux. Il y a une tonne de roches qui tombent du rocher chaque semaine. On fait souvent des sauvetages pour des gens qui ont mangé des roches sur la tête, des gens qui s’aventurent sur le rocher et se font prendre par les marées, ou des gens qui ont glissé, sont tombés et ont perdu des dents. Des affaires assez dangereuses», affirme M. Melanson. 

La Société de sauvetage conseille d’ailleurs fortement aux touristes de s’informer sur les conditions météo avant de s’aventurer sur un plan d’eau ou sur le fleuve. 

Choc thermique

L’organisation rappelle aussi les dangers liés aux chocs thermiques dans l’eau du fleuve Saint-Laurent. «Lorsqu’on tombe de façon involontaire par-dessus bord, ce choc d’immersion en eau froide est assez important et peut causer, de façon spontanée, une hyperventilation. Si on ne prend pas le temps de la contrôler, après une minute, il y a une inconscience qui s’installe. Dans ces moments-là, c’est la noyade qui s’enclenche», explique le directeur général, Raynald Hawkins. 

Selon la Société de sauvetage, la première semaine des vacances de la construction est la période de l’année où l’on enregistre le plus de décès liés à l’eau au Québec. 

Depuis le début de l’année, 38 noyades sont survenues au Québec, alors qu’on en comptait 46 à pareille date l’an dernier.