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L’ennemi no 1 de la liberté de parole

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Pour un seul mot, des personnalités jusque-là inattaquables peuvent devenir victimes des guérilleros du « wokisme ».

Les morts en moins, la révolution « woke » ressemble de plus en plus à la grande révolution culturelle menée par les gardes rouges de la Chine de Mao. Les réseaux sociaux n’existant pas encore, c’est par les « dazibaos » – les affiches qu’on placardait partout – que les gardes rouges dénonçaient ceux qui défendaient les valeurs traditionnelles. Le chaos s’ensuivit et une guerre civile vint près d’éclater.

En sommes-nous à cette extrémité avec les « wokes » qui mènent leur révolution culturelle par le moyen des réseaux sociaux, les « dazibaos » contemporains ? Pas encore peut-être, mais les risques que leur action conduise au chaos sont assez présents pour que les plus modérés d’entre nous s’en inquiètent. 

Alimenté par l’extrême droite comme par l’extrême gauche, le champ de tir des « wokes » ne cesse de s’élargir. Tout a commencé par le « politiquement correct ». On en a d’abord fait des gorges chaudes, mais le mouvement est rapidement devenu vicieux et sans pitié. À moins que ce ne soit dans le droit fil de l’idéologie du « wokisme », c’est à ses risques et périls qu’on discute d’immigration, de racisme ou de race, d’inclusion ou de diversité, de genre ou de sexualité, d’histoire et même de langue.

LE MOT DE PIERRE VALLIÈRES 

Chacun est en danger. Un mot seulement peut mener à la déchéance ou attirer sur soi la réprobation publique. La professeure Verushka Lieutenant-Duval en sait quelque chose. Elle a été traînée aux gémonies pour avoir mentionné en classe le titre du livre de Pierre Vallières contenant le fameux mot en « n » ! Un étudiant alerta les réseaux sociaux et c’en fut fait de la professeure. Pleutre comme pas un, Jacques Frémont, recteur de l’Université d’Ottawa, ne leva pas le petit doigt pour la défendre.

Wendy Mesley, journaliste vedette de la CBC depuis 38 ans, perdit d’abord The Weekly With Wendy Mesley, l’émission qu’elle animait chaque dimanche, puis son emploi. Elle avait prononcé le mot en « n » et mentionné, elle aussi, le titre du livre de Vallières. Même pas en onde, mais au cours d’une réunion de production, puis lors d’une conversation téléphonique avec deux de ses pairs. Ils s’empressèrent de prévenir la direction et de couler l’affaire sur les réseaux sociaux. L’animatrice dut quitter la CBC sans que la direction intervienne en sa faveur.

LES MULRONEY ÉCOPENT AUSSI 

Sasha Exeter, une influenceuse de Toronto de race noire, publia sur Instagram une vidéo laissant entendre que Jessica Mulroney, belle-fille de Brian Mulroney, n’avait pas obtempéré à son appel pour qu’elle appuie ouvertement la communauté noire. Sur les réseaux sociaux, les guérilleros conclurent tout de suite que Jessica était raciste. 

La Compagnie de la Baie d’Hudson annula son contrat avec elle, le réseau ABC mit fin à ses apparitions régulières et CTV annula la série Do, Redo qu’elle animait. On en demandait plus encore. Ben Mulroney, son mari, quitta son émission etalk à CTV en guise d’expiation. Il prétexta faire ainsi place à un Noir ou à un Autochtone. La duchesse de Sussex, Meghan Markle, amie intime de Jessica, décida prudemment de prendre ses distances avec elle.

Samedi soir dernier, lors d’un repas à la maison où j’avais invité seulement des gens des médias, la révolution « woke » fut notre principal sujet de conversation. À l’unanimité, on a tous conclu que le « wokisme » est pour les années à venir l’ennemi numéro 1 de notre liberté de parole.