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Le pire ennemi de la Chine

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La Chine évolue de plus en plus vers un maoïsme version 2.0. Le maoïsme, qui pourtant avait été combattu par Deng Xiaoping au début des années 1980, revient en force grâce à Xi Jinping. Or, le maoïsme est un délire idéologique. Autrefois, ce délire était surtout dommageable aux Chinois.  

Aucun pays n’avait les moyens d’occuper militairement le territoire chinois, mais l’armée chinoise n’était pas non plus très menaçante. Les choses ont changé. L’armée chinoise est devenue la seconde plus puissante de la planète. Le nouveau maoïsme des dirigeants chinois pèse lourd dans les tensions militaires entre Pékin et Washington. 

1. En quoi le culte de la personnalité de Xi est-il un délire ?

La « pensée » de Xi Jinping a été insérée dans la constitution chinoise en 2018. Une prétention ridicule qu’aucun autre pays ne tolérerait de la part d’un de ses dirigeants. Mais surtout, de manière plus brutale, le culte de la personnalité de Xi Jinping prend des proportions qui n’avaient pas été vues depuis Mao. Non content d’inciter les travailleurs à étudier la pensée de Xi pendant les heures de travail, voilà que le gouvernement chinois diffuse ses discours trois fois par jour dans des villes et villages. Impossible d’y échapper. Des haut-parleurs géants crachent cette propagande à tue-tête dans les rues. 

2. Comment se traduit ce délire en économie ?

Non content d’imposer ses discours insipides à la population — car ses discours sont remplis de banalités, de généralités et de phrases creuses —, Xi a décidé ces derniers jours de fonder des instituts dédiés à l’étude de sa « pensée économique ». Une pensée qui se résume à un mélange de patriotisme économique et de maximisation des exportations à travers les nouvelles routes de la soie. Mais attention, la supposée pensée économique de Xi Jinping doit prévaloir sur toutes les théories économiques. Un malheur pour les économistes chinois qui depuis 40 ans étaient parvenus à dégager un espace critique à l’intérieur de leur discipline. 

3. Quelle forme prend ce délire en histoire ?

Le délire idéologique le plus dangereux de Xi touche l’histoire du pays. Xi appelle à la vengeance, en particulier contre les pays occidentaux. Ceux-ci sont commodément placés dans le même sac et dépeints de manière caricaturale en bourreaux de la Chine. Oublié que les Mandchous ont envahi la Chine et imposé leurs lois brutales. Oublié que le Parti communiste chinois a été soutenu par la Russie pendant des décennies. Que les États-Unis ont opéré des transferts massifs de technologies vers la Chine. Ou que plusieurs pays, dont le Canada, ont aidé la Chine à se développer et à prendre la place qui lui revenait à l’international. De cela, il n’est jamais question. Il est plus facile de démoniser l’Occident, pour mieux flatter le nationalisme chinois.  

4. Qu’en est-il du Parti communiste ?

Le parti communiste chinois n’échappe pas à cette idéologie. Il est depuis longtemps interdit de parler publiquement des massacres de Tian An Men en 1989 ou encore des ravages de la Révolution culturelle. Xi vient d’ajouter une nouvelle couche d’interdictions : désormais, il est interdit de critiquer les héros de la révolution chinoise.

5. Où cela mène-t-il ?

Cette idéologie, comme avec toute idéologie, distord la réalité et empêche de prendre les décisions adéquates. En ce sens, la Chine est son propre pire ennemi. On finit même par se demander si Xi, comme Donald Trump, ne souffre pas d’une maladie mentale.