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Des footballeurs ciblés à cause de leur poids

Les jeunes «trop lourds» doivent porter un «X» sur leur casque

GEN-Protestation de parents contre un règlement de Football Québec
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Plusieurs parents des joueurs des Packers de Greenfield Park, à Longueuil, voudraient que les limites de poids par catégorie d’âge soient abolies. Sur la photo, de gauche à droite : Richard Bagordo, Nim Jenikovoszky et Nancy Greaves en compagnie de leurs enfants Kyliam, Jacob et Morgan.

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Des parents de jeunes joueurs de football dénoncent une règle «discriminatoire» basée sur le poids qui force leurs garçons à être identifiés d’un «X» sur le terrain.  

«On dénonce l’obésité, et après, on limite les enfants qui veulent faire du sport? Ils pratiquent trois fois par semaine, en plus de leurs matchs et des pratiques à la maison. Ça les fait bouger. Ces règlements-là leur font détester le sport», s’insurge Alexandra Veilleux, présidente de l’association de football des Stallions de Saint-Lazare, en Montérégie.  

  • Écoutez l'analyse d'Alexandre Moranville-Ouellet avec Vincent Dessureault sur QUB Radio:

Selon un règlement de la Fédération Football Québec, un garçon de moins de 14 ans qui dépasse le poids maximal de sa catégorie d’âge doit automatiquement porter un «X» sur son casque et jouer en ligne offensive.  

C’est donc dire qu’il ne peut plus plaquer de joueurs, ni courir avec le ballon, ni même le botter. Il ne peut donc que bloquer.  

«Mon fils a perdu énormément de motivation depuis qu’il est limité à cette position», témoigne Anne-Marie Gosselin, dont le garçon de 12 ans et de 77 kg (170 lbs) évolue avec les Packers de Greenfield Park.    

  • Écoutez la revue de l'actualité de Danny St Pierre et Carl Marchand sur QUB radio:    

Son coéquipier, Jake, qui mesure déjà 180 cm (6 pi) à 12 ans, devra aussi se résoudre à jouer en ligne offensive, après s’être perfectionné comme secondeur pendant les quatre dernières années.  

«Pourtant, il n’a pas une seule livre de gras à perdre», s’exclame sa mère, Katie Holman.  

«Je crois que c’est normal de catégoriser les jeunes sportifs selon leur âge et leurs niveaux d’habiletés en sports. Mais sur leur poids? C’est risquer de créer des problèmes de santé mentale et de leur faire prendre de mauvaises habitudes [pour perdre du poids]», soutient-elle.  

Le «X» redouté

Qui plus est, plusieurs parents déplorent que le fameux «X» sur le casque des joueurs anéantisse l’estime de soi déjà fragile de ceux qui doivent le porter.  

«Les uniformes sont là pour une raison: tout le monde est uni, égal. Eux, à cause de leur poids, on les identifie, on les met à part. C’est de la discrimination», juge Mme Veilleux.  

«À 8 ans, un de mes gars se pesait matin et soir, et il nous demandait de lui préparer des recettes santé parce qu’il craignait de ne plus pouvoir jouer s’il dépassait la limite», témoigne Richard Bagordo, 42 ans, père de trois grands gaillards passionnés de football.  

Mathieu Joyal, directeur général de Football Québec, assure que le «X» sert seulement à des fins d’arbitrage. «Autrement, ça serait difficile pour l’arbitre de retenir la position et le numéro de tous les joueurs sur le terrain.»

Avec les plus vieux

Football Québec rappelle aussi que les footballeurs en herbe ont l’option de changer de catégorie d’âge pour respecter les limites de poids et jouer à n’importe quelle position.  

Cette solution ne convainc toutefois pas Linda Pagani, professeure titulaire en psychoéducation à l’Université de Montréal.  

«Un enfant de 11 ans, même s’il est grand ou gros, demeure un enfant de 11 ans entre les deux oreilles», rappelle la chercheuse, qui s’est grandement intéressée aux jeunes sportifs.  

En compagnie des plus vieux, le jeune joueur pourrait être exposé à un langage ou à des attitudes pour lesquels il n’est pas encore assez mature, prévient-elle.  

La spécialiste en profite pour égratigner le règlement, qui se base uniquement sur le poids du joueur, et non sur sa physionomie, pour établir leur catégorie.  

«Football Québec devrait au moins utiliser l’IMC et la taille des joueurs, qui sont des mesures beaucoup plus fiables», affirme-t-elle.  

Peser ou ne pas peser?

Pendant la pandémie, l’une des ligues de la Fédération a temporairement arrêté de peser les joueurs, provoquant de vives discussions dans le milieu du football récréatif et au sein des équipes.  

«Quand mon garçon de 10 ans a su qu’on devait remettre la limite, il a enlevé ses épaulettes et s’est mis à pleurer en disant: “Je ne joue plus au football.” Ça nous a brisé le cœur», soupire Alexandra Veilleux, mère d’un garçon costaud de 165 cm (5 pi 5).  

Un débat sur le règlement controversé devait d’ailleurs avoir lieu en mai dernier, mais la réunion des membres de Football Québec a coupé court avant qu’une décision ne soit votée. 

En attendant une prise de position officielle, «les règles sont dans le livre vert, et notre rôle, à la Fédération, est de s’assurer qu’elles soient respectées», affirme Mathieu Joyal, directeur général de l’organisation.   

Et puis, «être sur la ligne offensive, ce n’est pas une position ingrate. C’est d’ailleurs là que joue Laurent Duvernay-Tardif», fait remarquer M. Joyal.  


Poids maximal par catégorie  

  • Atome (8-9 ans): 110 livres     
  • Moustique (10-11 ans): 135 livres     
  • Peewee (12-13 ans): 165 livres