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La vérité, toute la vérité et rien que la vérité sur la crevette de Matane

La vérité, toute la vérité et rien que la vérité sur la crevette de Matane
Claude Fortin / AGENCE QMI

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La pêche à la crevette bat son plein dans le golfe du Saint-Laurent. Les débarquements se succèdent à un rythme régulier au quai de Matane, sur la rive sud du fleuve, où la fameuse crevette sera transformée à l’usine locale de l’entreprise Les Fruits de mer de l’Est du Québec. 

Si les stocks sont bons cette année, l’appellation du petit crustacé continue toutefois d’alimenter les taquineries de la part des Nord-Côtiers à l’endroit de leurs voisins de l’autre côté du fleuve. L’origine du sympathique litige semble toutefois avoir été oubliée. L’Agence QMI remonte les origines de la «crevette de Matane».

Dix-huit mille tonnes de crevettes devraient être pêchées cette année au Québec. Du total, un peu plus de cinq mille tonnes proviendront du large de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, et seront notamment transformées à l’usine de Matane comme c’est le cas depuis des décennies.

Pourquoi alors parler des crevettes de Matane si une partie non négligeable est pêchée au large de Sept-Îles?

«Parce que c’est le premier endroit où on a commencé à transformer de la crevette au Québec», nous a expliqué le capitaine Georges Fraser, propriétaire du crevettier le «Maluge».

La pêche à la crevette remonte en effet aux années 1960 au Québec et la première usine de transformation a été ouverte à Matane, en 1965, par le pêcheur Clément Soucy. Son fils, Carol, se souvient qu’au départ, les cargaisons étaient débarquées à Sainte-Anne-des-Monts, à 90 km à l’est de Matane (entre 1965 et 1969), puis transportées à Matane par camion où des installations frigorifiques étaient disponibles.

Comme la crevette mise en marché arrivait de Matane, l’habitude s’est développée et l’expression «crevette de Matane» s’est installée.

Deux tentatives infructueuses de transformation ont été faites à Sept-Îles et Baie-Trinité, sur la Côte-Nord, au cours des années 1980 et 1990.

«Si ça n’a pas marché, c’est parce qu’on s’est fait manger par le lobby des usines du sud», a mentionné le capitaine du «Mérou», Jean-Pierre Element. Les permis de transformation de la crevette accordés par le gouvernement du Québec appartiennent en effet aux usines de Matane, Rivière-au-Renard et Mont-Louis, toutes trois situées sur la rive sud du Saint-Laurent.

Une marque déposée

En plus d’être transformée à Matane, la fameuse crevette est aussi une marque de commerce protégée depuis 1983. L’expression «crevettes de Matane» circulerait d’ailleurs depuis aussi loin que 1967 au Canada, selon la base de données fédérale sur les marques de commerce.

Elle restera cependant toujours un peu de Sept-Îles puisque, même si la crevette nordique se répartit partout dans le golfe Saint-Laurent, les zones propices à la pêche commerciale «se trouvent du côté nord», indique le biologiste de Pêches et Océans Canada, Hugo Bourdages, qui ne voit pas quand cette réalité pourrait changer.