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La fiction n’est jamais très loin de la réalité

Martineau CHR
Photo courtoisie

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Au cours des dernières années, on a beaucoup cité le roman culte 1984 pour dépeindre notre époque.

Il est vrai que le classique de George Orwell (publié en 1949) semble avoir été écrit hier, tellement il est pertinent et actuel.

La transformation du langage, la rectitude politique, les séances de rééducation – on dirait qu’Orwell avait tout prévu...

LE PROCÈS, 96 ANS PLUS TARD

Mais il y a un autre chef-d’œuvre de la littérature que tout le monde devrait lire pour comprendre l’époque ahurissante dans laquelle nous vivons...

Le procès, de Franz Kafka, écrit en 1925.

L’histoire surréaliste d’un homme qui, un beau matin, est arrêté et traîné devant les tribunaux...

Le hic est que cet honnête citoyen, qui n’a rien à se reprocher, ne sait jamais de quel crime on l’accuse. 

Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est coupable.

De quoi ? Mystère. Probablement de penser. 

Un auteur français, Thomas Clavel, a eu l’idée brillante d’écrire un remake du Procès

Son roman, intitulé Un traître mot, raconte la descente aux enfers d’un professeur qui a commis un crime horrible : donner une mauvaise note à une étudiante « racisée » qui a remis un travail bâclé.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

« Vous n’éprouvez aucun remords d’avoir commis ce crime odieux ? lui demande le juge, scandalisé. 

– Mais la couleur de la peau n’a jamais été et ne sera jamais un critère de notation pour moi, répond le professeur. L’origine et l’appartenance ethnique de mes étudiants ne m’intéressent absolument pas ! »

  • Écoutez la chronique de Richard Martineau sur QUB radio:

APPLICATION DU VIVRE-ENSEMBLE

Malheureusement pour le professeur, sa déclaration (qui se situait dans la ligne de pensée de Martin Luther King et des militants antiracistes du XXe siècle) le coulera.

En effet, selon une nouvelle loi votée dans le pays du héros (la loi AVE, pour « Application du vivre-ensemble »), les professeurs DOIVENT prendre en considération la race de leurs étudiants lorsque vient le temps de les noter !

C’est le contraire qui est raciste ! Car ne PAS donner une bonne note à un étudiant « racisé », c’est nier la « discrimination millénaire » que ses ancêtres ont subie, et qui mérite réparation par l’attribution d’une excellente note, méritée ou pas !

Parce qu’il a commis ce crime de lèse-majesté, le professeur perdra son poste à l’université et sera condamné à deux ans de prison... qu’il passera aux côtés d’autres intellectuels « blancs privilégiés », coupables eux aussi de crimes contre la bien-pensance.

Comme prononcer un mot tabou en classe. 

Ou écrire une blague niaiseuse sur Facebook un soir de brosse.

Comme toutes les satires sociales, le roman de Thomas Clavel est très drôle... mais aussi glaçant. 

Car il dépeint une réalité qui pourrait être la nôtre...

UNE FABLE SUBVERSIVE

Incidemment, savez-vous où j’ai acheté ce livre jouissif ?

À la Nouvelle Librairie, à Paris, la petite librairie dont je vous parlais l’autre jour, qui a été vandalisée à quelques reprises par des militants d’extrême gauche parce que son propriétaire ose vendre des livres qui vont à contre-courant de la rectitude politique ambiante...

Comme quoi la fiction n’est jamais très loin de la réalité !

Une librairie québécoise aura-t-elle le courage de mettre ce petit livre subversif sur ses rayons ? 

Je l’espère.

Sinon, il y a... Amazon.