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Biden en Ohio: on aimerait y croire

Le président américain, Joe Biden.
Photo AFP Le président américain, Joe Biden.

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Économe de ses apparitions publiques et attaqué régulièrement sur le sujet par ses adversaires, Joe Biden participait mercredi soir à une assemblée populaire en Ohio diffusée sur les ondes de CNN.

Dans l’ensemble, le président a offert une bonne performance. Non pas parce qu’il a tenu des propos révolutionnaires ou parce que son charisme a charmé un auditoire de démocrates et de républicains, mais plutôt parce qu’il est apparu modeste, sensible, empathique et raisonnable.

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Nous en sommes là en 2021. Dans tout le tumulte de la couverture médiatique disproportionnée qu’on accorde aux extrémistes des deux grands partis, ou encore lorsque nous sommes trop souvent exposés à la folie des complotistes et des spécialistes de la désinformation, la présence d’un homme calme, posé et décent constitue un spectacle rassurant.

Nous savions cependant déjà que l’empathie sincère du président représente une de ses grandes forces. De Biden on ne s’attend pas à de grandes envolées oratoires, une formule qui a ses limites, comme l’a démontré la présidence Obama; on sait par contre qu’on aura droit à un politicien qui mise sur ses origines modestes et sa proximité avec des électeurs de la classe moyenne.

Si l'on met de côté le ton et la manière, le 46e président a insisté sur un thème qui était perceptible dans une bonne proportion de ses réponses. Malgré les événements de la journée au Congrès, de nouveaux exemples des échecs de collaboration entre républicains et démocrates, il a parlé d’unité nationale et d’une approche bipartisane.

L’optimisme de Biden confine à l’entêtement. Cette unité à laquelle il se réfère se bute encore trop souvent à la réalité d’une nation divisée comme elle le fut très rarement dans son histoire. Lorsque la lutte contre la pandémie de COVID-19 ou la condamnation de l’assaut sur le Capitole ne parviennent pas à regrouper les Américains, l’obstination du président est à la fois admirable et candide. 

Si Biden n’était pas aussi expérimenté, je dirais qu’il est naïf. C’est d’ailleurs ce qu’il souhaite peut-être envoyer comme message à plusieurs de ses concitoyens. Il a sans doute en tête ces indécis qui espèrent encore des propositions concrètes et décentes ou ces nombreux républicains qui ne supportent plus la mainmise des trumpistes sur leur formation politique.

L’aspect stratégique de sa performance ne pouvait être plus évident que quand on notait la ville et l’État choisis pour cette rencontre avec les électeurs. L’Ohio a longtemps été considéré comme l’État pivot par excellence, même s’il a penché en faveur des républicains lors des deux dernières élections présidentielles. 

Si Joe Biden ramène l’Ohio dans le giron démocrate, c’est qu’il sera parvenu à convaincre que son approche progressiste, mais pragmatique, est la bonne. Peu importe le sujet sur lequel on le relançait mercredi, il projetait l’image du «gars ordinaire», celui qui n’en a cure des revendications déconnectées de certains woke ou du délire d’une faction républicaine qui nie la réalité et entretient les pires chimères.

Si vous étiez à l’écouter mercredi soir, vous avez peut-être remarqué que Biden a été solide et qu’aucun thème ne décontenançait. Rien dans ses propositions ne semblait farfelu ou irréalisable. Ce discours du «gros bon sens» et les allusions répétées au rêve de l’unité nationale ont-ils convaincu? On aimerait y croire.