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Parlons donc de la violence au masculin

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Je suis né en région dans une famille ordinaire mais normale. C’est-à-dire une famille où l’homophobie était présente et où l’idée d’avoir un gai dans ses rangs était mal vue et surtout taboue. J’ai grandi en refoulant mes pulsions et je suis parti vivre dans une grande ville dès que j’ai pu me le permettre.

Ça m’a pris une dizaine d’années avant d’être capable de vivre mon homosexualité de façon ouverte. D’abord dans mon milieu de travail et ensuite avec certains de mes proches, comme une de mes sœurs et mon beau-frère. J’ai fréquenté quelques hommes de mon âge, mais sans jamais avoir de relation de longue durée.

Puis j’ai rencontré un homme de dix ans mon aîné et ce fut le coup de foudre réciproque. Physiquement il était loin de faire son âge et comme il avait un emploi de prestige, il me gâtait monétairement. Vous devez penser que j’ai eu bien de la chance, et c’est vrai que les apparences disaient ça. Mais le fond de cette affaire fut beaucoup moins rose.

Je suis tombé sur un homme autoritaire qui, sous un couvert de générosité, cachait un manipulateur violent. Il surveillait mes allées et venues, fouillait dans mon cellulaire à la recherche de mails compromettants, et me soumettait à des questionnaires serrés sur les gens que je fréquentais.

Il ne m’a jamais frappé avec ses poings mais sa violence verbale était cinglante. Plus le temps passait et plus je me rétrécissais par en dedans. N’en pouvant plus après six ans de vie avec lui, j’ai choisi de partir. Il ne l’a pas pris et c’est alors que son harcèlement a commencé. Il a fallu que je le dénonce pour qu’il me fiche enfin la paix.

Je suis capable de vous écrire cela après avoir suivi un an d’une thérapie qui m’a révélé que j’avais bel et bien été victime de violence conjugale et pourquoi cet homme avait trouvé en moi la victime parfaite. Comme de cette violence-là on ne parle jamais, je voulais vous raconter mon histoire pour que les hommes qui la vivent n’ait pas à endurer aussi longtemps avant d’aller chercher de l’aide.

Un gars ben ordinaire

L’être humain malicieux possède malheureusement le pif pour bien cibler ses victimes. Heureusement que votre force intérieure a tiré en vous la sonnette d’alarme qui vous a incité à fuir pour ensuite vous orienter sur le chemin de la guérison.

J’apprenais en mai dernier qu’une étude universitaire initiée par Valérie Roy, professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie à l’Université Laval, s’était penchée sur ce phénomène peu abordé pour briser le cycle de solitude des victimes. Pour ceux que le sujet intéresse, je signale que le livre « Le cœur au beurre noir : récit de sensibilisation à la violence dans les relations intimes ou amoureuses entre hommes », rassemble des récits inspirés des hommes qui ont témoigné lors l’étude en question.