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Pegasus: un logiciel espion dans vos poches

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Les téléphones intelligents (bientôt des implants ?) sont devenus des assistants indispensables à nos capacités cognitives. Ils sont aussi des mouchards informatiques qui menacent le concept même de vie privée et de confidentialité de l’information.

Le savoir que nous accumulons et que nous communiquons est maintenant accessible à quiconque a les moyens d’acheter les services de sociétés d’espionnage numérique privées comme le NSO Group israélien.

La terre entière à la portée du logiciel-espion

Un consortium international de journalistes appelé « Forbidden Stories » publie actuellement une série de révélations sur NSO Group et son logiciel-espion Pegasus. L’enquête est basée sur une liste de numéros de téléphone de personnes qui auraient été des cibles potentielles de clients de NSO depuis 2016.

Elle comprend les noms de 89 journalistes, de 85 militants des droits de l’homme, d’au moins 65 dirigeants d’entreprise et de plus de 600 hommes politiques et responsables gouvernementaux, dont plusieurs premiers ministres et chefs d’État. Les médias membres du consortium promettent d’autres exclusivités sensationnelles dans les prochains jours.

Le NSO Group a immédiatement réagi en affirmant que le rapport était « plein d’hypothèses erronées et de théories non corroborées ».

Le logiciel-espion Pegasus peut se servir de la caméra et du microphone du téléphone et accéder à toutes les données sur l’appareil. La personne ciblée se promène avec un espion dans sa poche qui enregistre tout ce qu’elle fait.

NSO a déclaré que le logiciel Pegasus était uniquement destiné à collecter des données sur des individus soupçonnés d’être des criminels ou des terroristes. Ah bon ! Ses clients s’engagent à ne pas utiliser Pegasus à des fins illégales. Ouf ! ça me rassure. Le NSO group a même retiré son logiciel à plusieurs de ses clients pour ne pas avoir respecté leurs engagements. Tiens, tiens, il y a donc eu des abus.

Pegasus espionnait Jamal Khashoggi avant sa mort

NSO Group a également nié que sa technologie ait été associée de quelque manière que ce soit au meurtre du chroniqueur saoudien dissident Jamal Khashoggi. Le rapport du consortium établit pourtant qu’immédiatement après le meurtre, les autorités saoudiennes ont ciblé l’entourage de Khashoggi, dont sa future femme. Son téléphone était contaminé par Pegasus.

Étrangement, le rapport de « Forbidden Stories » ne parle pas d’Omar Abdulazziz, un proche de Khashoggi établi au Québec. Peut-être une révélation à venir. Abdulaziz est une personnalité arabe très en vue sur sa chaîne YouTube, où il diffuse des critiques virulentes contre la monarchie saoudienne. 

Il est convaincu que ce sont ses conversations avec Khashoggi qui ont entraîné sa mort. Les services secrets saoudiens étaient à l’écoute. Le laboratoire de sécurité informatique Citizen Lab, de l’université de Toronto, avait découvert l’infiltration.

En 2020, un juge israélien a rejeté une tentative du NSO Group de faire annuler la poursuite qu’Omar Abdulazziz lui a intentée pour le piratage de son téléphone à Sherbrooke.

La poursuite affirme que les communications interceptées entre lui et Khashoggi – y compris les discussions sur la façon de faire pression pour un changement démocratique en Arabie saoudite – ont été cruciales dans la décision de tuer Khashoggi.