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Vaccination aux États-Unis: les républicains doivent se lever

Vaccination aux États-Unis: les républicains doivent se lever
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Au moment où le gouvernement de Justin Trudeau s’apprête à ouvrir la frontière à nos voisins américains qui sont pleinement vaccinés, le nombre d’infections est à la hausse partout aux États-Unis.

Non seulement le variant Delta fait déjà des ravages dans plusieurs États, mais la campagne de vaccination connaît des ratés. Après un départ sur les chapeaux de roues, elle se bute maintenant à une résistance tenace.

Au nombre des facteurs qui peuvent expliquer qu’on s’obstine à ne pas vouloir être immunisé alors que le pays détient plus de doses qu'il n'en a besoin, on en retrouve deux qu’il faut étudier séparément, mais qui semblent également agir l’un sur l’autre: l’affiliation politique et la désinformation.

  • Écoutez le chroniqueur de politique américaine Luc Laliberté avec Vincent Dessureault sur QUB Radio:

Si l’administration Biden et la Santé publique espèrent relancer la vaccination, on doit aller de l’avant avec des approches innovantes et de la sensibilisation, mais il faudra croiser les doigts pour que les adversaires républicains mettent enfin la main à la pâte.

Un récent sondage indiquait que les électeurs conservateurs qui s’informent essentiellement auprès de chaînes favorables au Parti républicain sont nettement plus enclins à douter des informations présentées par la Santé publique et ses représentants.

À titre d’exemple, ceux qui s’en remettent à Newsmax ou OAN considèrent dans une proportion de 62% qu’Anthony Fauci, éminent spécialiste, n’est pas digne de confiance. Du côté des auditeurs de Fox News, c’est un peu mieux, mais ils sont malgré tout 51% à douter des propos du chercheur et conseiller auprès de nombreuses administrations, autant démocrates que républicaines.

Anthony Fauci
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Anthony Fauci

Si la seule figure d’Anthony Fauci expliquait le déficit de confiance des conservateurs, on pourrait aisément contourner le problème en lui demandant de céder sa place à une figure moins polarisante. Le problème est cependant bien plus vaste, les conservateurs remettant en question l’ensemble des experts et des institutions. D’ailleurs, les théories du complot entourant la vaccination ont rarement été aussi populaires.

Si je crois que les élus républicains doivent mettre la main à la pâte et cesser une opposition qui apparaît de plus en plus irresponsable alors que plane la menace d’une quatrième vague, c’est que les efforts de sensibilisation de l’administration Biden ne suffisent clairement plus.

Quand on interroge les Américains qui n’ont pas reçu de doses de vaccin pour tenter de déterminer ce qui les motiverait à le faire, les incitatifs proposés jusqu’à maintenant ne semblent guère efficaces.

Ils ne sont que 15% à affirmer qu’ils répondraient favorablement à l’invitation de travailleurs communautaires et 14% à un message émanant d’une personnalité connue. Deux incitatifs obtiennent un appui plus important, mais rien pour faire grimper les statistiques de manière convaincante. 

Il y a en effet 25% des répondants qui accepteraient le vaccin si on le leur injectait lors d’une visite chez le médecin de famille ou si l’employeur leur accordait une journée de congé pour aller se faire vacciner.

Comme historien, je suis étonné de la résistance de nos voisins face à la vaccination. Depuis quelques années déjà, on assiste à un scepticisme croissant et des maladies qu’on croyait disparues effectuent un retour. Il n’y avait cependant rien de comparable au danger que représente la COVID-19 et ce qui pouvait paraître marginal est sur le point d’entraîner le pays et son économie dans une autre période trouble.

Comme il s’agit d’une question de santé publique qui a des incidences sur une foule de secteurs d’activité, on ne peut se contenter des efforts soutenus d’une seule formation politique. Le moment est venu pour les médias et les élus républicains d’assumer pleinement leurs responsabilités. On peut avoir l’œil sur les autorités et critiquer les dirigeants tout en encourageant les pratiques les plus saines pour le bien-être collectif.

Y a-t-il de l’espoir? L’animateur vedette de Fox News Sean Hannity semble avoir récemment changé son fusil d’épaule et, contrairement à d’autres vedettes comme Tucker Carlson, encourage ses auditeurs à se faire vacciner. Une initiative modeste dans un océan de propagandistes conservateurs, mais un revirement qu’il faut souligner.

Du côté des élus républicains de la Chambre et du Sénat, les efforts sont encore trop modestes. Pour un Mitch McConnell, qui présente le vaccin comme la meilleure – la seule – solution, on dénombre encore trop de Steve Scalise, de Rand Paul ou de Jason Smith, qui ne ratent jamais une occasion de discréditer la Maison-Blanche ou les experts de la Santé publique. 

Anthony Fauci affirmait la fin de semaine dernière que, dans le contexte actuel, les États-Unis ne pourraient éliminer la polio ou la rougeole comme ce fut pourtant le cas il y a plusieurs années. Une telle situation défie toute logique et va à l’encontre de l’évolution historique.

Que des gens mal informés émettent des doutes sur des pratiques complexes est une chose, mais que des politiciens souvent éduqués dans les meilleures universités et œuvrant théoriquement pour le bien de la majorité se livrent à un jeu partisan dans un contexte de crise sanitaire est répugnant et dangereux. On peut bien se draper dans le patriotisme, mais il faut assumer cette étiquette jusqu’au bout.