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Brésil: offensive de Bolsonaro contre les élections

Brésil: offensive de Bolsonaro contre les élections
AFP

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Brasilia | Le président brésilien Jair Bolsonaro a multiplié ces dernières semaines les attaques contre le système de vote électronique en vigueur depuis 1996, semant le doute sur l’organisation de la présidentielle en 2022 et préparant le terrain pour contester le scrutin en cas de défaite, estiment des analystes.  

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La popularité du dirigeant d’extrême droite est en berne et il semble acculé face aux révélations potentiellement explosives sur sa gestion chaotique de la pandémie de la part de la Commission d’enquête parlementaire du Sénat (CPI) qui vient de prolonger ses travaux de plusieurs mois.

Les derniers sondages le donnent largement battu par l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva lors de la présidentielle de 2022.

« Je n’ai pas peur des élections. Je donnerai l’écharpe (présidentielle) à qui gagnera après un vote vérifiable et digne de confiance », a déclaré M. Bolsonaro le 9 juillet. La veille, il avait déjà haussé le ton, en affirmant: « Ou nous faisons des élections propres au Brésil, ou il n’y aura pas d’élections ».

Le chef de l’État ne défend pas un retour au vote par bulletins en papier, mais l’impression d’un reçu par l’urne électronique pour que chaque suffrage puisse être recompté en cas de contestation.

Il a traité d’ « imbécile » Luis Roberto Barroso, le président du Tribunal supérieur électoral, qui assure que les urnes électroniques sont fiables et que l’impression de reçus en papier pourrait au contraire exposer le vote « aux risques de manipulation du passé ».

« Les commentaires de Bolsonaro sur les élections ont pour but d’éroder la confiance en ce système électoral et faciliter la contestation des résultats en cas de défaite », estime Oliver Stuenkel, politologue à la Fondation Getulio Vargas.

Sans présenter la moindre preuve, M. Bolsonaro n’a cessé de dénoncer des « fraudes » lors des dernières élections, affirmant qu’il aurait dû être élu dès le premier tour en 2018.

« Le gouvernement Bolsonaro vit son pire moment et le président sème la confusion dans les institutions pour remobiliser son noyau dur de partisans », estime Creomar da Souza, du cabinet de consultants Dharma.

Discours « putschiste »

Ces attaques contre le système électoral ont suscité une levée de boucliers dans l’opposition et les grands médias, qui voient des intentions « putschistes » chez cet ancien parachutiste de l’armée nostalgique de la dictature militaire (1964-1985).

« Bolsonaro veut enlever toute légitimité au processus démocratique et préparer le terrain pour un coup d’État s’il perd les élections ou s’il est destitué », dit à l’AFP Kim Kataguiri, député de droite de 25 ans, qui a initialement soutenu le président avant de devenir un des ses plus fervents opposants.

Les menaces à l’ordre démocratique ont également pris une autre forme début juillet, quand le ministère de la Défense et les commandants en chef de l’armée ont averti qu’ils n’allaient « pas tolérer la moindre attaque » contre eux.

Une réaction énergique à des propos du sénateur Omar Aziz, président de la Commission d’enquête sénatoriale sur la pandémie, qui a évoqué des « pommes pourries » en faisant allusion à des militaires liés au gouvernement Bolsonaro soupçonnés de corruption dans l’achat de vaccins anticovid.

Sur les traces de Trump

Après l’invasion du Capitole à Washington en janvier, le président brésilien avait averti que son pays aurait « un problème encore pire qu’aux États-Unis » s’il continuait à utiliser le système de vote électronique lors des élections de 2022 où doivent être élus le président, les gouverneurs, les députés et une partie des sénateurs.

Grand admirateur du républicain Donald Trump (2017-2021), il a soutenu l’ex-président américain jusqu’au bout quand ce dernier contestait sa défaite électorale face au démocrate Joe Biden.

Pour Creomar de Souza, la stratégie de M. Bolsonaro est risquée, toute bravade antidémocratique pouvant mettre en péril son alliance avec le « Centrao », groupe hétérogène de parlementaires qui monnaient leur soutien selon les avantages qu’ils peuvent en tirer.

« Bolsonaro joue les funambules pour ne pas se brouiller avec sa base parlementaire, tout en restant proche de ses électeurs les plus extrémistes, en jouant les martyrs », conclut-il.