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Pas d'employés pour la livraison: des restaurateurs forcés d'aller chercher eux-mêmes leurs denrées

La pénurie de main-d'oeuvre empêche un distributeur alimentaire de livrer à des restos

Colabor distributeur alimentaire
Photo Elsa Iskander Pierre Amiot récupère la commande de nourriture pour la Brasserie Chez Jules, qui appartient à son épouse, Michelle Doré, chez Colabor Distributeur alimentaire, à Saint-Nicolas.

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Déjà débordés en raison de la pénurie de personnel, des restaurateurs de Québec ont dû aller chercher eux-mêmes leurs denrées dans un entrepôt de la Rive-Sud parce que le distributeur n'avait personne pour faire leurs livraisons.

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Jeudi en fin de journée, Michelle Doré, 73 ans, propriétaire de plusieurs établissements hôteliers et de la Brasserie Chez Jules, a appris qu’elle ne recevrait pas sa commande à moins d’aller la chercher elle-même chez Colabor Distributeur alimentaire.  

Michelle Doré, propriétaire de l'Hôtel Champlain, dans le Vieux-Québec, et un employé, Mikaël Duval, travaillent dans la cuisine de l'établissement.
Photo Elsa Iskander
Michelle Doré, propriétaire de l'Hôtel Champlain, dans le Vieux-Québec, et un employé, Mikaël Duval, travaillent dans la cuisine de l'établissement.

Découragée, elle a demandé à son mari, Pierre Amiot, 76 ans, professeur retraité de l’Université Laval, d’y aller le lendemain, accompagné d’un employé, Benoit Gauthier. «Tout le monde déjà était surchargé», explique Mme Doré, elle-même aux prises avec un manque de main-d’œuvre.  

Colabor distributeur alimentaire
Photo Elsa Iskander

Vendredi matin à 9 heures, les deux hommes sont arrivés à l’entrepôt de Saint-Nicolas en fourgonnette. Quelques minutes plus tard, une employée de Colabor leur apportait plusieurs chariots de nourriture.  

Malgré ses douleurs à la hanche, M. Amiot a chargé la fourgonnette avec M. Gauthier. Des sacs de 20 kilogrammes de farine et de cassonade et une caisse de 20 litres de vin de cuisson faisaient partie de la commande.  

Colabor distributeur alimentaire
Photo Elsa Iskander

«On est venus chercher des denrées pour le restaurant Brasserie Chez Jules parce que Colabor nous a dit qu’ils n’avaient pas les chauffeurs pour faire la livraison», résume M. Amiot, mentionnant que c’est la première fois qu’une telle situation se produit. «La cour est pleine de camions», fait-il remarquer. M. Amiot ne blâme pas le distributeur alimentaire, toutefois.  

Élisabeth Tremblay, vice-présidente aux ressources humaines chez Colabor, assure prendre la situation très au sérieux. «On a mis en place un plan très agressif de recrutement», dit-elle, mentionnant qu’il y a des postes de chauffeurs – moins d’une dizaine – et dans l’entrepôt à combler. «Ce n’est pas que Colabor», dit-elle, ajoutant que l’industrie agroalimentaire manque de main-d’œuvre. 

Les locaux du distributeur alimentaire Colabor à Saint-Nicolas.
Photo Elsa Iskander
Les locaux du distributeur alimentaire Colabor à Saint-Nicolas.

«Notre but, c’est de reprendre le plein service le plus rapidement possible», a affirmé Mme Tremblay. L'entreprise n'a pas voulu dire combien de clients étaient touchés ni donner d'échéancier pour la reprise du service régulier.

Arrêter la PCRE 

Les premiers coupables, aux yeux de Mme Doré, sont la Prestation canadienne d’urgence, puis la Prestation canadienne de la relance économique. «La PCRE, qu’ils arrêtent ça pour que les gens reviennent travailler!» martèle celle qui réclame la fin immédiate de cette aide financière.  

Benoit Gauthier, employé dans un établissement de Mme Doré, aide Pierre Amiot à récupérer une commande de nourriture.
Photo Elsa Iskander
Benoit Gauthier, employé dans un établissement de Mme Doré, aide Pierre Amiot à récupérer une commande de nourriture.

«Combien de temps ça va continuer comme ça? C’est pas normal: mon mari a 76 ans, j’en ai 73. On fait quoi?» lance-t-elle, pendant qu’elle étiquette des muffins dans la cuisine de l’Hôtel Champlain, dans le Vieux-Québec.  

Colabor distributeur alimentaire
Photo Elsa Iskander

«C’est la première année que c’est épouvantable comme ça. Je n’ai jamais, jamais, jamais vu ça», soupire Mme Doré. «En ce moment on a une crèmerie, probablement qu’on va être obligés de fermer.» 

«Tu engages quelqu’un et des fois il ne se présente même pas», déplore la propriétaire, saluant toutefois les efforts d’employés travaillants tels que Mikaël Duval, 18 ans, qui l’aidait dans la cuisine.  

Michelle Doré, propriétaire de l'Hôtel Champlain, dans le Vieux-Québec, et un employé, Mikaël Duval, travaillent dans la cuisine de l'établissement.
Photo Elsa Iskander
Michelle Doré, propriétaire de l'Hôtel Champlain, dans le Vieux-Québec, et un employé, Mikaël Duval, travaillent dans la cuisine de l'établissement.

«Si personne ne travaillait, il n’y a rien qui avancerait. Moi, pour [réaliser] mes projets, je travaille 80 heures semaine», dit M. Duval, qui cumule deux emplois. «Il faudrait que le monde redevienne vaillant aussi!» lance-t-il.

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