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Comment inciter les citoyens à attacher leur ceinture de sécurité?

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Si plus de Québécois mettent leur vie en danger en boudant la ceinture de sécurité, que peuvent faire les autorités pour convaincre les occupants des véhicules de prendre quelques secondes pour s’attacher ? Des experts consultés par Le Journal proposent des pistes de réflexion.

Des amendes plus salées  

Vincent Barbe est décédé en fonçant à plus de 160 km/h sur une auto­patrouille à Blainville, alors qu’il n’était pas attaché.
Photo d'archives
Vincent Barbe est décédé en fonçant à plus de 160 km/h sur une auto­patrouille à Blainville, alors qu’il n’était pas attaché.

Le père d’un jeune homme qui s’est tué alors qu’il roulait à haute vitesse, avec trois fois la limite permise d’alcool et sans ceinture de sécurité croit que la seule façon de changer le comportement des automobilistes est d’augmenter considérablement les amendes pour les contrevenants. 

« On n’est pas assez sévère. Pour ne pas avoir porté sa ceinture, l’amende est de 200 $ à 300 $. Est-ce assez pour faire réfléchir les gens ? Non ! Mais si on donnait des amendes de 2500 $, là les gens y réfléchiraient avant de ne pas la boucler », lance André Barbe. 

Selon lui, il y aura toujours des « rebelles » qui refuseront de changer. Mais en « visant le portefeuille des gens », la majorité risque de se conformer, insiste-t-il.

« On donne trop de chances aux gens. Pourtant, on n’a pas de chance à prendre, il y a des vies en jeu », ajoute M. Barbe.   

Jouer sur les sentiments  

« Il y a une croyance folle au sujet des accidents : on pense que ça n’arrive qu’aux autres. Les gens se croient immunisés face aux accidents », déplore Louise Nadeau, professeure émérite au département de psychologie de l’Université de Montréal. 

Ainsi, pour changer le comportement des automobilistes et des passagers en voiture, il faut jouer sur la corde sensible et leur mettre au visage les risques de ne pas porter leur ceinture de sécurité, croit-elle.

« Si tu n’exposes pas les gens à des informations qui les touchent, ils ne changent pas », ajoute-t-elle.

Même son de cloche pour la psychologue Diane Thidobeau. Elle estime que la sensibilisation ou même la répression auront un impact, mais pas à long terme. Pour réellement changer les comportements, il ne faut pas juste mobiliser la tête et le portefeuille. 

« La tête et le cœur doivent être mobilisés à long terme. Il faut que les gens se sentent touchés émotivement pour intégrer l’information, qu’ils comprennent qu’on ne doit pas attendre que quelqu’un meure dans notre entourage pour changer », dit-elle.  

Un antidémarreur  

Les constructeurs devraient fabriquer des véhicules qui ne peuvent rouler si la ceinture de sécurité n’est pas bouclée, insiste un coroner. 

Me Alain Manseau a récemment rendu public un rapport concernant le décès d’une jeune femme qui n’était pas attachée en voiture. Tous les autres passagers avaient bouclé leur ceinture et ont survécu.  

La victime qui prenait place dans le véhicule blanc était la seule à ne pas avoir attaché sa ceinture.
Photo d’archives
La victime qui prenait place dans le véhicule blanc était la seule à ne pas avoir attaché sa ceinture.

Le 9 juin 2020, le véhicule dans lequel prenait place la victime est entré en collision avec un poids lourd chargé de sable sur la route 343 à Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière. La victime, Sarah Semaan, a été éjectée par la fenêtre arrière avant d’atterrir sur la chaussée. 

« Peut-être que la personne qui [conduisait] n’a pas su que son amie n’était pas attachée à l’arrière. Avec une alerte qui empêche de démarrer le véhicule si toutes les ceintures de sécurité ne sont pas bouclées, ça ne se reproduirait plus », avance le coroner Manseau, qui a recommandé à la SAAQ de « poursuivre et d’intensifier ses efforts à l’aide d’activités de sensibilisation afin d’inciter tous les occupants d’un véhicule automobile à porter la ceinture ».

Plus de répression  

Pour inciter les automobilistes à s’attacher, ils doivent craindre de se faire intercepter, suggère une coroner. 

Dans deux récents rapports qu’elle a rédigés concernant des automobilistes décédés qui ne portaient pas leur ceinture de sécurité, Me Amélie Lavigne recommande l’application du « programme d’application sélective », aussi appelé le PAS.

Trois personnes sont mortes dans cette collision à Mercier en 2019, dont le conducteur fautif, qui ne portait pas sa ceinture.
Photo d’archives
Trois personnes sont mortes dans cette collision à Mercier en 2019, dont le conducteur fautif, qui ne portait pas sa ceinture.

Cela consiste à augmenter les opérations policières visant à intercepter des conducteurs fautifs et à médiatiser ces opérations et le nombre de constats d’infraction remis.

« Quand on fait de la sensibilisation, tout le monde trouve que ç’a du bon sens, mais ça effleure l’esprit des gens. Une fois assis dans le véhicule, il faut une étape de plus pour que le comportement change. La présence policière sur le terrain, c’est concret, ça augmente le risque d’être arrêté et ça modifie le comportement », dit-elle

Notre dossier complet sur la ceinture au volant :