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Nul n’y échappera

Olivia Vendetta
Photo courtoisie Olivia Vendetta
Hugo Meunier
Stanké
304 pages
2021

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Olivia, qui s’appelait autrefois Étienne, a décidé de profiter du conventum soulignant les vingt ans de la fin de son secondaire pour régler ses comptes. Ce ne sera pas joli.

L’affaire est entendue : pour qui sort de la norme, l’école secondaire s’avère un moment pénible à passer. Pour les « rejets », c’est même l’enfer à endurer.

Les réussites de l’âge adulte, parfois éclatantes, éclipseront les mauvais souvenirs. Mais au fin fond de soi, l’envie de se venger des tourmenteurs d’autrefois n’est jamais très loin. 

Avec Olivia Vendetta, son deuxième roman, Hugo Meunier y plonge sans retenue. La soirée qui réunira dans une érablière les élèves d’autrefois offre une belle occasion d’agir.

Bien sûr, la Carrie de Stephen King est déjà passée par là, immortalisée au cinéma par Brian de Palma dans un inoubliable et sanglant bal des finissants. La vengeance est plus réussie quand tous ses tortionnaires, et ceux qui fermaient les yeux, sont réunis dans la même pièce !

Mais Meunier y ajoute des raffinements : Olivia n’agit pas sous l’impulsion de la colère, au contraire son plan a été longuement préparé. Il fait ainsi tranquillement monter les attentes. 

Fuite en Inde

Son roman alterne entre l’adolescence d’Étienne et de ses amis proches — « le manchot, le bizarroïde, la grosse » — et les années qu’il va passer en Inde, où il a fui au début de la vingtaine. Il y vivra une véritable rédemption. C’est là qu’Olivia va naître.

Meunier a la plume allègre, et c’est heureux, car ce qu’il raconte est un concentré hallucinant de ce que l’adolescence peut receler de cruauté. C’est décrit crûment et il n’y a pas de porte de sortie.

Les petits sadiques de la place sont populaires et intouchables — l’un est le fils du chef de police, d’autres sont joueurs de hockey, donc les héros de la place. Impossible de s’opposer au régime de petite terreur que ces gars-là et quelques filles imposent.

Le contraste est frappant avec la vie que mènera par la suite Étienne/Olivia en Inde. Le quotidien y est pourtant autrement plus difficile à supporter qu’ici.

Mais le dénuement oblige à l’essentiel. Et puis Olivia découvre une communauté qui l’accepte totalement, avec toutes ses ambiguïtés : les hijras, des hommes qui se sentent femmes. Celles-ci se regroupent autour de différents gurus. Olivia aura un coup de foudre spirituel pour Shanky, qui prêche l’harmonie et qui l’aidera à faire la paix avec elle-même.

« Mais pour trouver une paix durable, il faut d’abord remporter la guerre », lui dit-il. 

Le truc de Meunier, c’est de nous faire accepter cette vengeance. En fait, plus les comportements abjects d’autrefois nous sont révélés, plus on espère que le plan d’Olivia sera à la hauteur. Mais ce serait bien trop sombre, n’est-ce pas ? On s’attend donc à une finale décevante... 

Eh bien non : Olivia sera impitoyable. Cruelle jusqu’au bout. Du coup, notre soulagement en devient dérangeant : l’âme noire n’est donc pas que l’apanage des méchants ?