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Pourquoi encore tenir des Jeux olympiques?

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Les Jeux olympiques de Tokyo ont quelque chose de pathétique. Ce n’est pas la faute des Japonais qui, dans les circonstances, font un travail extraordinaire pour offrir un événement de qualité.  

Nous pourrons sans aucun doute assister à de belles performances qui feront oublier un instant la pénible pandémie que nous traversons. Les commentateurs sportifs font déjà un excellent travail pour tenter d’insuffler un peu d’enthousiasme dans ces Jeux. Mais les Jeux de Tokyo marquent une rupture. Une rupture qui se prépare depuis longtemps, entre un certain idéal porté par les Jeux et l’entreprise bassement politique et mercantile qu’ils sont devenus. Les Jeux sont un scandale politique et financier perpétuel. 

1. Quel est l’idéal des Jeux?  

À l’origine, les Jeux impliquaient une certaine paix entre les nations participantes. Si les combats entre les belligérants ne s’arrêtaient pas toujours, au moins les spectateurs et les athlètes pouvaient voyager librement jusqu’au sanctuaire d’Olympie. Déjà, les Jeux flattaient l’orgueil des villes dont les ressortissants étaient sacrés champions. La version moderne des Jeux conserve un idéal de promotion de la paix entre les peuples. Il s’y ajoute la promotion de l’activité sportive, de l’égalité entre les êtres humains et du dépassement de soi. 

2. Pourquoi les Jeux sont-ils un scandale financier?  

Le plus grand scandale financier des Jeux n’est pas, comme on pourrait le croire, dans la corruption qui entoure leur attribution à une ville ni dans les revenus astronomiques que dégagent le Comité olympique et les commanditaires privés associés aux Jeux. Il est dans ce qu’il faut bien appeler l’exploitation éhontée des athlètes qui participent aux Jeux, qui en sont les vedettes, mais qui ne touchent pas un sou pour leur présence. Ils récoltent la gloire et l’honneur, disent cyniquement et cupidement les organisateurs des Jeux. En réalité, rien ne s’oppose à ce que les athlètes qui participent aux Jeux soient payés pour y être. Ces athlètes devraient aussi recevoir des bourses substantielles s’ils gagnent des médailles. La répartition des revenus (et des déficits!) brise l’idéal d’égalité des Jeux olympiques. 

3. Pourquoi les Jeux sont-ils un scandale politique?  

Étant donné les coûts élevés des Jeux, ce sont les dictatures qui risquent de plus en plus d’organiser les Jeux. Parce que les électeurs des pays démocratiques sont de plus en plus réticents à tenir ces Jeux chez eux. Par exemple, il est scandaleux que la Chine organise les prochains Jeux olympiques, alors que le pays devient de plus en plus totalitaire. Le prestige attaché à l’organisation des Jeux ne devrait jamais revenir à des dictatures.  

4. Si rien n’est fait, quels seront les Jeux de demain?  

L’exploitation des athlètes nuit à la promotion du sport. La tenue des Jeux dans des dictatures nuit à l’idéal de paix et d’égalité. S’ils conservent la même trajectoire, les Jeux risquent de se transformer en une sordide entreprise d’exploitation et de propagande politique. 

5. Comment l’idéal olympique peut-il être restauré?  

Plusieurs solutions existent. Parmi elles, pour les Jeux d’été, transférer en permanence les Jeux en Grèce. Ainsi, les coûts des Jeux seraient bien moindres, puisque les installations ne seraient pas à construire chaque fois. Payer les athlètes et exclure des Jeux suivants, dans une même discipline, ceux qui ont gagné une médaille d’or, aiderait à briser l’exploitation. Les pays participants devraient aussi payer ces Jeux au prorata de leur puissance économique et en fonction du nombre d’athlètes qu’ils y envoient.