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Vaccinée et en santé, j’ai peur quand même

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J’ai toujours été active, joyeuse et allumée. J’ai eu deux enfants dont je me suis occupée nuit et jour quand ils étaient malades, et un conjoint qui peut témoigner que je ne rechignais pas sur le travail de maison, de jardin, tout comme celui de ma job de préposée aux bénéficiaires. Je vous dis ça pour que vous compreniez combien il est surprenant de me sentir comme je me sens et pourquoi j’ai raison de m’inquiéter. 

Rendue à 58 ans, je suis toujours sur le marché du travail alors que mes enfants ont quitté la maison et que je vis seule avec leur père. J’ai traversé la crise de la COVID dans des conditions difficiles avec la peur de la contracter dans la maison pour aînés où je travaille, puis de la transmettre à mon conjoint. Heureusement, ça n’est pas arrivé.

Moi et ma famille avons observé les plus rigoureuses mesures sanitaires. Ce qui fait qu’on a évité au maximum de se voir d’octobre 2020 à juin 2021. Jusqu’ici tout va bien. C’est la suite qui m’inquiète. 

Depuis que j’ai reçu ma deuxième dose de vaccin, c’est comme s’il s’était déclenché une tempête en moi. Non seulement ça ne m’a pas calmée de me savoir à l’abri de développer une forme grave de la maladie, on dirait que ç’a empiré, en plus de créer en moi des peurs irraisonnées de poser tous les petits gestes quotidiens d’une vie normale. Comme, par exemple, d’aller faire mes courses, de prendre les transports en commun pour aller au travail et en revenir, de planifier une rencontre au parc avec mes enfants et leurs familles respectives.

Bref, je vois l’avenir de manière si pessimiste que je me roulerais en boule dans ma chambre pour ne plus en ressortir tellement je me sens mal dans ma peau. Mon mari me force à réagir, mais ça me demande un tel effort à chaque fois que j’en sors épuisée et au bout de mon souffle, comme une personne cardiaque ou atteinte d’une maladie pulmonaire. En plus, je dors tellement mal que je me relève épuisée chaque matin.

Je vois venir le jour où je ne serai plus capable de prendre l’autobus pour aller au travail et ça m’angoisse. Comment se fait-il que ça m’arrive comme ça alors que le pire de la crise est passé et que je devrais être rassurée ?

Épuisée

Vous avez vécu une période anxiogène et vous avez tenu le coup parce que vous n’aviez pas le choix. Il fallait rester au travail et faire face à une musique tragique où la mort était sous vos yeux au quotidien. Les nombreux facteurs de stress que vous avez traversés vous ont comme blindée dans une attitude de résistance et de défense. Mais quand le moment est venu de reprendre pied parce que vous étiez désormais protégée contre le virus, vos nerfs ont lâché.

Je crois que, comme plusieurs, vous souffrez d’un problème d’anxiété. Les spécialistes disent que pour régler un problème d’anxiété il faut lâcher prise, prendre de grandes respirations pour faire baisser la pression cardiaque, et faire de la méditation. Je vous relaie le message, tout en ajoutant que vous devriez de toute évidence consulter.

Les 15 derniers mois furent éprouvants pour tout le monde et encore plus pour vous qui avez été aux premières loges du drame covidien qui s’est déroulé dans les maisons pour aînés. S’est ajoutée à cela la crainte de contaminer vos proches, ce qui n’est pas rien. 

Comme je l’ai lu dans Le Journal sous la plume de Clara Loiseau, dont les propos sont corroborés par Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec : « Les professionnels de la santé s’entendent pour affirmer qu’il y a plus de gens qui souffrent de troubles anxieux et d’anxiété au Québec depuis la pandémie. » Je vous recommande de consulter.