/news/society
Navigation

Elle réclame plus de protection pour les femmes qui dénoncent

FD-EMBARGO 25 juillet 4hAM
Photo Agence QMI, Guy Martel Annabelle Laroche est passée par toutes les émotions depuis le meurtre de sa mère, en plus d’être constamment inquiète.

Coup d'oeil sur cet article

Terrorisée depuis le drame, la fille de 27 ans d’une victime de féminicide ne décolère pas que sa mère n’ait pas été protégée, malgré la plainte qu’elle avait déposée à la police contre son nouveau mari.

• À lire aussi: Les féminicides ont fait 35 orphelins

« Dès qu’il y a une situation de violence conjugale ou qu’une femme porte plainte, on devrait immédiatement faire quelque chose. On ne peut pas laisser repartir l’homme et se dire qu’il va passer en cour d’ici quelques semaines. On parle de manipulateurs prêts à tout pour arriver à leur fin », dénonce Annabelle Laroche.

Sa mère, Nathalie Piché, a été tuée dans son appartement de Québec le 15 juin. Noureddine Mimouni a été accusé de meurtre non prémédité.

Cette 13e victime d’un féminicide au Québec avait porté plainte quelques mois plus tôt contre son mari violent. 

Or, elle s’était ensuite présentée dans un poste de police afin de retirer sa dénonciation. À ce moment, elle s’est fait demander par des agents si elle subissait une quelconque pression.

« Est-ce qu’ils pensaient vraiment qu’elle allait dire oui ? Si elle était sortie du poste et qu’elle n’avait finalement pas retiré sa plainte, il lui aurait fait quoi ? Déjà qu’elle avait peur de lui. Est-ce qu’elle se sentait vraiment protégée ? » questionne sa fille.

L’homme de 33 ans s’était finalement engagé devant un juge à ne pas « importuner » Nathalie Piché, mais cela ne l’aurait vraisemblablement pas empêché de commettre l’irréparable.

Peur d’être une femme

Annabelle Laroche vit dans la peur depuis le meurtre de sa mère. Sur la photo, la victime, Nathalie Piché (2<sup>e</sup> à partir de la gauche) pose avec ses trois filles et sa petite-fille.
Photo courtoisie
Annabelle Laroche vit dans la peur depuis le meurtre de sa mère. Sur la photo, la victime, Nathalie Piché (2e à partir de la gauche) pose avec ses trois filles et sa petite-fille.

Annabelle Laroche est passée par toutes les émotions depuis le meurtre de sa mère, en plus d’être constamment inquiète, raconte-t-elle.

« J’ai peur de la vie, d’être une femme toute seule dans la rue, des inconnus que je croise dans l’autobus. J’ai besoin de quelqu’un pour sortir de chez moi », explique la maman d’une fillette de 4 ans. 

« Je me rends compte que ça pourrait arriver à n’importe quelle femme. Dans le fond, on ne connaît pas tellement les gens qui nous entourent », poursuit-elle en précisant qu’elle est médicamentée, notamment pour calmer cette peur. 

Sa mère ne s’était jamais confiée à elle sur la violence conjugale qu’elle aurait subie, mais Annabelle Laroche se sent tout de même coupable de ne pas avoir vu « les signes, les petites choses anormales ».

« On s’était éloignées ces derniers mois. Elle ne voulait pas m’inquiéter, je crois. Et chaque fois que je la voyais, il était là, donc elle n’aurait pas pu me parler ouvertement », dit-elle.  

Pilier de la famille

Nathalie Piché a élevé seule ses trois filles, aujourd’hui âgées de 19, 27 et 39 ans.

« Elle était le pilier fort de notre famille, raconte Mme Laroche avec un frisson dans la voix. Pour elle, c’était vraiment important qu’on soit proches entre sœurs. Chaque dimanche, avant la pandémie, on se faisait un gros souper de famille. » 

Elle décrit sa mère comme une femme aimante qui était prête à tout pour protéger ses filles.

« J’avais une très belle relation avec elle au point où elle était présente lors de mon accouchement. Je suis aussi mère monoparentale, donc elle m’aidait avec ma fille. Je pouvais l’appeler quand j’avais des questions ou si j’étais malade », dit-elle.

En sachant que sa mère n’est plus là pour la soutenir ou la sécuriser, elle remet en question l’idée d’avoir un autre enfant.

Elle explique comment le crime dont Mimouni est accusé a des répercussions sur tout l’entourage de Nathalie Piché, particulièrement sur ses trois filles et ses deux petits-enfants.

« Il savait très bien ce qu’il faisait en se donnant le droit de prendre sa vie. Il savait à quel point ma mère nous aimait. Je trouve difficile de ne plus pouvoir lui parler, la serrer dans mes bras. La façon [violente] dont elle est décédée me hante aussi. »