/world/opinion/columnists
Navigation

S’entre-tuer à qui mieux mieux

Hand gun banner or panorama pfoto on dark stone table top view. Ammunition or bullets at black background. Copy space for text concept.
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Partout où la semaine est à peu près divisée entre jours de travail et week-ends de repos, la fin de semaine est accueillie avec joie et soulagement. Il n’y aura pourtant pas de quoi se réjouir ce week-end-ci dans les grandes villes américaines : les fusillades se compteront par dizaines, tout comme les victimes, d’ailleurs. Et c’est comme ça depuis le début de l’année.

Je sens les gens nerveux à Montréal depuis quelques semaines. Pas tous, bien sûr, mais ceux et celles qui apprécient vivre dans une grande ville épargnée par la violence armée s’inquiètent d’incidents qui semblent se multiplier. La tentative d’assassinat ratée dans l’arrondissement Saint-Léonard jeudi est venue contribuer à leur angoisse. Montréal rayonne de tranquillité, à voir l’état de ses grandes sœurs américaines. En un peu plus de quarante-huit heures, le week-end dernier, 56 personnes ont été blessées par balles à Chicago, dont huit mineurs. Les 42 fusillades qu’a connues Philadelphie ont fait quatre morts.

LA POLICE ? QUELLE POLICE ?

La fin de semaine précédente, à Boston, dix personnes avaient été abattues dans différents incidents. Au cours du long week-end de la Fête de l’indépendance, début juillet, 16 personnes ont été tuées dans la région métropolitaine de Détroit. Sans oublier la suspension de la partie des Nationals à Washington, la semaine dernière, après une fusillade à l’extérieur du stade. Les citoyens de la capitale américaine ne bénéficient pas, de toute évidence, des milliers de policiers et d’agents déployés pour protéger le cœur du pouvoir politique aux États-Unis. La veille de l’interruption des activités de baseball, une fillette de six ans avait été tuée dans un échange de tirs, et la ville a maintenant passé la barre des 100 homicides plus rapidement qu’à tout autre moment depuis 2003. En comparaison, Montréal décompte une douzaine de meurtres.

IL N’Y A PAS QU’AUX « ÉTATS »

La violence armée n’est pas qu’un fléau américain. Il s’agissait de voir l’émotion cette semaine en Norvège lors des cérémonies commémorant les attentats perpétrés il y a dix ans par un extrémiste de droite : il avait fauché la vie de 77 personnes, des adolescents pour la plupart.

Là-bas, comme chez nous après la tuerie de Polytechnique, comme en Australie après le massacre de Port Arthur, comme en Angleterre après le carnage de Hungerford, bref comme à peu près partout dans le monde après des attaques qui ont meurtri et horrifié les citoyens, des lois plus sévères ont été adoptées pour restreindre l’accès aux armes à feu.

TOUCHE PAS À MON GUN !

La particularité américaine tient à la résistance persistante à l’approbation de telles mesures. Les sondages démontrent un fort soutien à la vérification d’antécédents avant l’achat d’armes, à l’interdiction des chargeurs de forte capacité ou à l’enregistrement des armes à feu privées auprès des services de police. Pourtant, non seulement rien n’est fait, mais l’engouement pour les armes à feu ne faiblit pas. L’an dernier, les ventes ont grimpé plus que jamais en un demi-siècle et, plus renversant encore, 40 % de ces achats ont été fait par des gens qui en étaient à leur toute première acquisition.

Les États-Unis ne comptent que 5 % de la population mondiale, mais 46 % des armes à feu possédées par des civils. Ils aiment les records, les Américains. Ils sont partis pour le garder longtemps, celui des victimes de leur passion armée. 

Les armes à feu, une passion américaine 

NOMBRE D’ARMES À FEU POUR 100 HABITANTS 

  • États-Unis : 120,5 
  • Canada : 37,4 
  • Australie : 30 
  • Norvège : 28,8 
  • Royaume-Uni : 4,6 
  • Japon : 0,3   

Source : Small Arms Survey, 2018


MEURTRES PAR ARMES À FEU PAR RAPPORT À TOUS LES HOMICIDES COMMIS  

  • États-Unis : 73 %  
  • Canada : 39 %  
  • Australie : 22 %  
  • Angleterre & Pays de Galles : 4%   

Source : BBC 2019-2020