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Joseph Mercola: rentabiliser la désinformation

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Follow the money, dit-on souvent dans la langue de Shakespeare, une expression que je traduis librement ainsi: «À qui le crime profite-t-il?» 

Un médecin ostéopathe de la Floride crée et rentabilise de fausses informations sur la COVID-19 et la vaccination depuis un bon moment. Le New York Times croit qu’il serait l'un des principaux artisans d’une vaste campagne de désinformation qui enflamme le web à l’échelle internationale.

Selon Sheera Frenkel, journaliste du NYT qui lui réserve un bon topo dans l’édition du 26 juillet, les articles de Mercola sont rapidement traduits dans plusieurs langues, avant de se répandre comme une traînée de poudre ailleurs dans le monde.

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Son cas n’est pas sans rappeler l’étude bâclée sur le vaccin de la rougeole. Cette seule étude, ensuite largement discréditée, avait créé un tel mouvement des opposants au vaccin qu’on a assisté au développement de quelques foyers d’éclosion aux États-Unis, alors que tout était pourtant réglé depuis des années.

Mercola véhicule donc un nombre appréciable de mensonges en mettant de l’avant son titre et sa formation. Le fait-il parce qu’il est convaincu que les vaccins sont réellement dangereux, par souci d’éclairer ses concitoyens dont les craintes sont bien souvent très légitimes? On peut en douter quand on étudie l’ensemble de ses opérations.

Non seulement Mercola discrédite les autorités, mais il ne s’arrête pas là. En lieu et place de solutions soumises à un processus d’approbation rigoureux et soumis à l’avis des pairs, l’ostéopathe propose la médecine douce et des produits naturels. Il n’est pas le premier charlatan du genre, mais son commerce lui aurait rapporté des dizaines de millions de dollars.

Cet arnaqueur de haute voltige utilise mieux les réseaux sociaux que la plupart des autres guérisseurs ou bonimenteurs. Il ne ment pas grossièrement, il se contente de semer le doute ou de faire ressortir d’anciennes critiques (la plupart étant déboutées) de la recherche scientifique. Il jouit ainsi d’une certaine tolérance de la part des grandes plateformes parce qu’il exploite les failles de réglementation.

Une fois lancés sur les réseaux sociaux, ces messages deviennent si populaires que des animateurs de certains médias les récupèrent ensuite sans scrupules pour nourrir une dangereuse propagande. Tucker Carlson, de Fox News, est sans doute le chef de file de ce type de désinformation.

Il en faut peu pour faire dérailler de vastes opérations de santé publique, tellement les États-Unis et le monde occidental sont affectés par une crise de confiance à l’égard des autorités. Nous savons tous que débusquer la désinformation et la corriger exige un temps fou et des moyens extraordinaires. 

Parce que certains responsables politiques et scientifiques n’ont pas toujours su bien vulgariser ou, pire, parce qu'ils ont déjà menti ou profité du système, je comprends qu’on puisse douter. Ce qui m’étonne, chaque fois, c’est qu’on puisse faire confiance à des charlatans en exigeant moins de leur part que ce qu’on exige de ceux qu’on critique.

Mercola a été dénoncé à plusieurs reprises, et ses affirmations sont contredites régulièrement. Pourtant, on le croira sur parole et plusieurs personnes préféreront se tourner vers lui bien avant de faire confiance à une éminence comme Anthony Fauci, dont la compétence est reconnue aux États-Unis et dans le monde. 

Douter, c’est sain. La pensée occidentale s’appuie sur le doute depuis bien longtemps, et j’encourage mes étudiants à le faire, à douter de moi et à me demander de justifier mes propos. C’est parfait. 

Mais doutons de tout le monde de la même manière, n’accordons pas de passe-droits à ces charlatans qui profitent des moments de crise pour exploiter la vulnérabilité des gens et, parfois, s’en mettre plein les poches.

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