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Jeux de Tokyo: une ange gardien dans l’eau trouble

La mère de Mary-Sophie Harvey l’a aidée à combattre ses démons

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Photo d'archives, AFP Mary-Sophie Harvey

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Le rêve de Mary-Sophie Harvey s’est réalisé lorsqu’elle a nagé aux Jeux olympiques, mercredi. Les embûches pour s’y rendre se sont multipliées au point où la jeune athlète a même tenté d’en finir il y a deux ans. Une relation forte avec sa mère l’a aidée à revoir la lumière, au grand bonheur des deux femmes, aujourd’hui.

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La nageuse de 21 ans s’est confiée sur son parcours houleux dans le cadre d’un reportage pour Podium, de Radio-Canada.

Envahie par la détresse, en 2019, Harvey est même allée jusqu’à une tentative de suicide. Dans la tourmente, c’est un appel à sa mère qui s’est avéré le point d’ancrage, le début d’un long rétablissement pour la mener vers son rêve olympique.

Après avoir vu sa fille nager lors des qualifications du 4x200 m style libre cette semaine, sa mère, Stéphanie Matte, s’est sentie soulagée, sans pour autant croire que les Jeux sont une finalité.

« Je suis fière de l’avoir vue réaliser son rêve de nager aux Jeux. Mais moi, je souhaite juste qu’elle soit heureuse. Il n’y a pas que les Jeux dans la vie. Je suis très fière d’elle et j’espère que son témoignage va en inspirer d’autres. Bien des gens voient les athlètes comme des robots. C’est très facile de les critiquer », confie-t-elle au Journal.

L’exemple de Biles

Les problèmes de santé mentale qui peuvent affecter de nombreux athlètes sont revenus à l’ordre du jour quand la reine américaine de la gymnastique, Simone Biles, a choisi de se retirer de certaines épreuves à Tokyo.

La réputation internationale de Biles a contribué à remettre la discussion à l’avant-plan. « Je crois que c’est pour cette raison que Mary-Sophie a fait sa sortie », explique sa mère. 

« Ce n’est pas pour avoir de la sympathie. C’est pour dire : réveillez-vous ! Ce n’est pas facile d’être une athlète et parfois, il faut faire quelque chose. La médaille, il n’y a pas que ça. Il faut quand même se dire que c’est un sport et qu’il faut avoir du plaisir pour le faire. Je crois que 90 % des athlètes, à certains moments de leur carrière, n’ont plus de plaisir », estime celle qui a été elle-même nageuse de compétition par le passé.

Aux yeux de Stéphanie Matte, le sujet de la pression qui accable les athlètes demeure tabou.

« Ce ne sont pas tous les athlètes qui aiment dire qu’ils ont besoin d’aide. Ils veulent y arriver seuls et c’est impossible. Tout le monde a des attentes envers eux. »

De l’écoute avant tout

Dans ses moments sombres, Mary-Sophie Harvey a pu miser sur l’aide de sa mère Stéphanie Matte.
Photo courtoisie
Dans ses moments sombres, Mary-Sophie Harvey a pu miser sur l’aide de sa mère Stéphanie Matte.

Lorsque sa fille a eu le courage d’aller vers elle, Stéphanie Matte n’a pas tenté de trouver par des mots le remède miracle.

« La meilleure façon d’aider, c’est d’être à l’écoute. Il fallait que ça vienne d’elle pour s’en sortir. Ta fille doit pouvoir te parler quand elle en a besoin et pas quand toi, tu en as besoin. L’athlète est résilient, mais le parent doit l’être aussi. Il faut juste attendre le bon moment pour que tout sorte », raconte-t-elle avec émotion. 

Aujourd’hui, leur relation mère-fille est plus soudée que jamais et Mary-Sophie Harvey a redécouvert le plaisir de la natation, au point où elle rêve déjà de Paris 2024. 

« J’ai été extrêmement touchée par l’appel à l’aide de Mary. J’ai une excellente relation avec ma fille. J’ai essayé de lui répondre du mieux que je pouvais. Même si son parcours a été très douloureux, il y a eu de bons moments qui ont contribué à en faire la personne qu’elle est devenue », résume affectueusement la maman.