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Vélo sur piste: un exploit hors du commun

Vincent De Haître est le 13e Canadien à participer aux Jeux d’été et d’hiver

PA-IMAGES/
Photos Reuters et d’archives Vincent De Haître excelle autant sur un vélo que sur des lames.

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TOKYO | Le cycliste sur piste Vincent De Haître entrera dans un groupe restreint d’athlètes quand il s’élancera dans la poursuite par équipe.

Olympien de 2014 et 2018 en patinage de vitesse longue piste, De Haître deviendra le 13e Canadien de l’histoire à participer aux Jeux d’hiver et d’été. Pierre Harvey (vélo et ski de fond), Clara Hughes (patinage de vitesse et vélo), Hayley Wickenheiser (hockey et balle-rapide), Glenroy Gilbert (athlétisme et bobsleigh) et Georgia Simmerling (ski alpin, ski cross et vélo) sont quelques-uns des Canadiens qui ont réussi cet exploit qui sort de l’ordinaire. Tout comme De Haître, Simmerling est présente à Tokyo dans les épreuves de piste. 

« Mon gros objectif est d’être compétitif. Je suis dans un premier temps un athlète et dans un deuxième temps un patineur et un cycliste. Je tente de ne pas mélanger les deux sports. »

Cauchemar

Le report des Jeux a compliqué la tâche de Vincent qui a joint les rangs de l’équipe nationale de vélo sur piste à l’automne 2018. 

« Le report d’un an des Jeux a été un cauchemar, résume-t-il. J’ai eu plus de temps pour m’améliorer en vélo, mais le report a apporté son lot de défis. Personne n’a réussi à participer à des Jeux d’été et d’hiver séparés par seulement 180 jours, soit le nombre de jours entre la cérémonie de fermeture à Tokyo le 8 août et la cérémonie d’ouverture à Pékin le 2 février. »

De Haître est animé par des objectifs peu communs. Son appétit olympique est immense.

« De participer à des Jeux d’été et d’hiver se situe dans mon top 5 de mes plus gros accomplissements, mais mon plus gros sera ma qualification aux Jeux d’hiver de 2022 si je réussis, de poursuivre le spécialiste du 1000 m et 1500 m en longue piste. C’est gros d’avoir entrepris cet objectif, mais ça me pousse et me permet de devenir meilleur. Je vais participer à mes troisièmes Jeux et je tenterai de me qualifier pour mes quatrièmes. »

Rendu à mi-chemin

À 27 ans, le patineur natif d’Ottawa estime que son parcours olympique est loin d’être terminé. 

« Je suis rendu à mi-chemin, affirme-t-il. Si je continue le vélo, je vais prendre un chemin différent pour m’exprimer en misant sur le sprint. En 2018, on m’a laissé le choix d’opter pour le sprint ou l’endurance puisque mes résultats étaient similaires dans les deux. 

« J’ai choisi l’endurance parce qu’il n’était pas réaliste de croire que je pourrais me classer dans le top 16 dans un nouveau sport. En poursuite par équipe, tu dois terminer dans le top 8, mais ton classement individuel ne compte pas. En sprint, une blessure et mes chances de me qualifier auraient été nulles. »

Il avait vu juste puisque Cyclisme Canada confirmait sa place dans l’équipe olympique en juillet 2020.

Médaillé en Coupe du monde et au championnat mondial en longue piste, De Haître croit possible de s’imposer en vélo sur piste à moyen terme. « Avec le temps et une opportunité, je vais être capable. »

Comment réussit-il à concilier les deux disciplines ? « Je me fais des plans de quatre ans à la fois. Je suis habitué et ça se passe bien, mais c’est un défi pour les préparateurs physiques qui doivent communiquer beaucoup. » 

Grisée par la vitesse 

TOKYO | Lauriane Genest a pleinement profité du report des Jeux pour parfaire l’apprentissage de sa nouvelle discipline.

Débarquée dans le monde du vélo sur piste en 2016 après une seule année sur route, Genest a gravi les échelons pour se tailler une place au sein de l’équipe nationale dès octobre 2017.

« Quand j’ai été choisie sur l’équipe nationale, je ne pensais pas du tout me qualifier pour Tokyo, souligne-t-elle. Mon objectif était Paris en 2024. J’ai toutefois progressé rapidement et j’ai commencé à croire en mes chances pour 2020. J’ai eu un an de plus pour me développer et devenir une meilleure cycliste. »

La vitesse anime au plus haut point Genest. « J’aime aller vite et c’est pourquoi j’ai essayé le vélo sur piste, explique-t-elle. Quand j’ai fait une Coupe du Québec de sprint, j’ai vraiment tripé. Je ne voulais plus faire de route. Une randonnée de 80 km où tu ne peux pas atteindre une vitesse supérieure à 50 km, ça ne m’intéresse pas. Je n’étais définitivement pas une cycliste sur route. »

Complicité payante

Jumelée à Kelsey Mitchell en sprint par équipes, Genest a remporté une épreuve de la Coupe du monde disputée à Milton en janvier 2020. Les deux complices ont également touché l’or au championnat panaméricain en septembre 2019.

« J’ai débuté le sprint par équipe seulement un an avant les Jeux et il était trop tard pour qu’on se qualifie, mais nous serons probablement une équipe de trois à Paris. »

À défaut de faire équipe au Japon, Genest et Mitchell qui ont adopté la piste depuis quelques années seulement se poussent mutuellement. « La décision du Canada de ne pas participer aux étapes de la Coupe du monde pendant la pandémie est la meilleure chose qui a pu nous arriver, affirme la cycliste native de Saint-Damien de Bellechasse. On s’est entraîné ensemble tous les jours et on rivalise de façon amicale. Nous sommes toujours à fond et on se frotte aux meilleures au monde à tous les jours. Nous sommes devenues de bonnes amies. On n’a pas le choix puisque nous sommes toujours ensemble. »

Mitchell abonde dans le même sens. « Ça aide tellement d’avoir un groupe fort d’entraînement, souligne l’ancienne participante d’un camp RBC où ses qualités athlétiques avaient retenu l’attention. On se pousse à la piste et au gymnase et il s’agit d’une saine compétition. »

« Laurianne est arrivée un an avant moi et elle m’a aidée, mais nous sommes dans le même bateau », d’ajouter Mitchell qui sera en action au sprint et au keirin tout comme sa complice. 

Plus fort que jamais 

Guidé par une volonté de fer, Hugo Barrette a traversé plusieurs obstacles dans sa route vers Tokyo.
Photo d'archives, Didier Debusschère
Guidé par une volonté de fer, Hugo Barrette a traversé plusieurs obstacles dans sa route vers Tokyo.

TOKYO | Si le report d’un an des Jeux olympiques de Tokyo a été un cauchemar pour certains, ce fut une véritable bénédiction pour le cycliste sur piste Hugo Barrette.

Victime d’une fracture à l’omoplate lors d’une violente chute en septembre 2019, Barrette avait néanmoins obtenu sa qualification pour Tokyo 2020, mais le report lui a permis de se préparer comme jamais auparavant.

« Je suis un nouvel athlète ayant eu la chance de me transformer, résume-t-il. J’ai perdu 8 kg, je suis vraiment en grande forme et je suis plus fort que jamais. En raison du calendrier de compétitions, ça n’arrive jamais qu’on a l’opportunité de seulement s’entraîner. Parce que je suis passionné par l’entraînement, la motivation était au rendez-vous. »

Se faire mal

Barrette a pris un malin plaisir à se faire mal à l’entraînement. « Pour la plupart des athlètes, les courses représentent l’élément de motivation, mais moi je travaille chaque jour et j’adore me pousser à l’entraînement. Les autres coureurs s’entraînent pour performer. Parce que le Canada n’a pas participé aux étapes de la Coupe du monde, mon travail était de m’entraîner. Je vivais le rêve. »

Après sa violente chute, Barrette a pris les bouchées doubles afin de revenir à la compétition le plus rapidement possible pour se qualifier pour le Championnat du monde.

Le pistard des Îles-de-la-Madeleine a obtenu de bons résultats à ses premières sorties en signant des tops 10 deux mois après sa chute, mais la réalité l’a frappé de plein fouet un mois plus tard à Milton à l’occasion d’une autre étape de la Coupe du monde. « À mon retour qui a été vraiment rapide, je courais sur l’adrénaline et le stress de me qualifier pour le mondial, mais j’ai atteint le fond du baril. Avec le recul, je réalise que je n’aurais pas dû y participer. »

Volonté de fer

Blessé sérieusement à quelques reprises lors d’embardées spectaculaires, Barrette est un habitué des retours en force. Il n’a donc jamais hésité à se lancer corps et âme dans ce nouveau défi.

« Je regarde devant peu importe la situation au lieu de me plaindre, explique-t-il. Je crois en moi et le doute n’est pas possible. Cette mentalité a toujours payé dans ma carrière. La passion et le feu sont toujours là. J’ai vécu de gros accidents et je suis toujours revenu en force. »