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L’urgence du CHUL sous haute pression

Un manque d’infirmières comblé à la dernière minute

Des mouvements de refus d’heures supplémentaires en bloc commencent à être observés, selon nos informations, preuve de la tension qui a cours à l’urgence du CHUL.
Photo d'archives, Agence QMI Des mouvements de refus d’heures supplémentaires en bloc commencent à être observés, selon nos informations, preuve de la tension qui a cours à l’urgence du CHUL.

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La pression ne cesse de s’accentuer sur le personnel de l’urgence du CHUL. Près de 60 demi-quarts de travail du week-end ont été comblés à la dernière minute vendredi pour éviter de peu une découverture infirmière.

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Selon nos sources, vendredi matin, 56 demi-quarts de travail étaient toujours à combler pour les journées de la fin de semaine à l’urgence du CHUL. Une «cellule de crise» a d’ailleurs été mise en place par la haute-direction pour tenter de trouver des solutions.

Un pareil épisode avait notamment eu lieu en juin.

« Ça va être serré, mais ça arrive. Il y aura quelques quarts [trois] en temps supplémentaires, mais pas mal tout a pu être comblé », précise Bryan Gélinas, porte-parole, saluant l’effort des volontaires qui permet d’éviter de rappeler du personnel en vacances.

« Avec l’année qu’on vient de vivre, c’est la dernière chose que l’on souhaiterait faire. »

Dans ce contexte, les agences privées pourraient-elles être une solution? « Ce n’est pas une avenue parce qu’elles n’ont pas de ressources non plus pour nous aider », ajoute M. Gélinas.

Message sur les réseaux sociaux

Un message du CHU demandant aux gens d’appeler le 811 ou un médecin de famille avant de se rendre à l’urgence.
Capture d'écran
Un message du CHU demandant aux gens d’appeler le 811 ou un médecin de famille avant de se rendre à l’urgence.

Dans ce contexte, le CHU a publié un message sur les réseaux sociaux vendredi recommandant à la population « d’appeler Info-Santé » ou « de consulter un médecin de famille » avant de se rendre aux urgences.

« Nos équipes seront prêtes à vous accueillir et à vous prodiguer les meilleurs soins », peut-on lire malgré tout dans la publication, une affirmation qui fait sourciller le personnel infirmier.

« Ils ne veulent pas dire à la population qu’actuellement, ce qu’on fait, c’est dangereux. Mais nous on va commencer à le dire », insiste une infirmière. « On travaille toutes avec les larmes aux yeux, cernées jusqu’au menton. Ça ne peut plus continuer. »

Des mouvements de refus de temps supplémentaire en bloc commencent d’ailleurs à être observés, selon nos informations, preuve que la tension est vive.

« Du jamais-vu en 20 ans »

Une autre professionnelle en soins, qui a plus de 20 ans d’expérience, affirme avoir vu des situations qui sortent de l’ordinaire au cours des dernières semaines. À certains moments, des patients ont dû attendre jusqu’à trois heures et demie simplement pour être vus au triage.

« Ils ont fait venir un agent de sécurité qui faisait des rondes aux 15 minutes pour s’assurer qu’un patient là-dedans n’avait pas un malaise grave ou ne souffrait pas trop », déplore cette autre source, qui a elle aussi préféré garder l'anonymat, par crainte de représailles.

Cette dernière raconte avoir fait certains quarts au cours desquels les équipes étaient tout simplement incapables de faire baisser le nombre de patients en attente, vu le manque de bras. Jusqu’à 270 patients ont été triés en 24 heures, alors qu’une grosse journée d’hiver chargée plafonne à 250.

« On a vu, à un moment, 70 patients, soit en salle d’attente ou sur civière, qui patientaient pour voir un médecin. Je n’ai jamais vu ça en 20 ans », confie cette infirmière qui s’inquiète de voir d’autres collègues partir.

Des départs à prévoir

Le fait est que l’urgence du CHUL n’a aucun pouvoir attractif en ce moment. Plusieurs veulent en sortir et rares sont ceux qui veulent y être transférés.

« Il y a un salon des postes en septembre avec les ouvertures dans tous les centres et les départements. Plusieurs ont déjà dit qu’elles allaient quitter », explique-t-elle.

Une de ses collègues raconte aussi une anecdote qui en dit beaucoup sur l’ambiance qui règne actuellement.

« On a une jeune collègue qui commençait comme candidate à la profession d’infirmière [étape entre la fin de la formation et l’examen de l’Ordre] et elle a choisi de reprendre ses études pour aller faire sa médecine », raconte cette employée.

« Quand elle a vu les conditions dans lesquelles on pratique, elle a dit: “Ce n’est pas vrai que je vais faire ça toute ma vie.” Et je la comprends », soupire-t-elle.

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