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Des portions plus petites et plus chères

La valeur de votre panier d’épicerie change si rapidement que Statistique Canada peine à suivre le rythme

La réduflation, soit réduction des portions mais pas celle du prix du produit, existe depuis 30 ans, mais a pris de l’ampleur dernièrement. Le jus d’orange Oasis est passé de 1,65 L à 1,5 L.
Photo courtoisie La réduflation, soit réduction des portions mais pas celle du prix du produit, existe depuis 30 ans, mais a pris de l’ampleur dernièrement. Le jus d’orange Oasis est passé de 1,65 L à 1,5 L.

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Le sac de Lay’s au ketchup a rétréci, dernièrement. Si vous ne l’avez pas remarqué, rassurez-vous. Vous êtes loin d’être seul.

On ne s’en rend pas compte, car des experts bien rodés s’en occupent. Prenons un pot de mayonnaise. Il ne changera pas de taille, mais son fond concave va grossir. On va en mettre moins dedans, incognito.

Ça s’appelle la réduflation – réduction du poids et inflation du prix –, un phénomène vieux de 30 ans qui prend de l’ampleur depuis 18 mois. 

Les manufacturiers de bouffe vivent une flambée du prix des denrées – blé, maïs, sucre, soya, etc. – et nous refilent la facture.

Ils sont conseillés par des cracks du marketing et de la psychologie. 

« Il faut jouer dans la JND – just noticeable difference, différence à peine perceptible », révèle Jordan LeBel, spécialiste de l’Université Concordia en psychologie du consommateur dans le secteur alimentaire.

Réduire de 10 %, c’est trop. Le client va le remarquer. Il ne faut pas réduire de plus de 7-8 %, « car déjà, ça commence à paraître ».

Chaque entreprise craint de perdre des clients si elle monte son prix en premier, « donc la solution est d’enlever 15-20 grammes et de changer l’emballage pour le camoufler ».

Après tout, rappelle le professeur, le but de ces multinationales – General Mills, Procter & Gamble, Kraft, etc. – est de maintenir leur marge bénéficiaire et leur taux de rendement.

La réduflation permet de monter les prix sans le dire. « C’est tellement grave que ça empêche Statistique Canada de mesurer la hausse réelle du prix de la nourriture dans l’inflation », dénonce Sylvain Charlebois de la Faculté en management et en agriculture de l’Université Dalhousie, qui traque le prix payé à l’épicerie depuis plus de 25 ans.

Kellog’s est l’une des premières multinationales à avoir eu recours à la réduflation au Canada, dans les années 90.

Depuis, la pratique est imitée, mais jamais autant que lors des crises. 

« La dernière fois, c’était en 2008. On a eu droit à toute une vague », note le professeur Charlebois.

Jus d’orange, fromage, yogourt, sauce tomate, croustilles, biscuits, barres tendres, pizza, côtes levées congelées, ketchup, savon, bière, tout y passe.

Le sac de Cheetos est passé de 310 g à 285 g.
Photo courtoisie
Le sac de Cheetos est passé de 310 g à 285 g.

Calculer au poids

Aujourd’hui, le prix des denrées augmente plus rapidement qu’en 2008. S’ajoute la réduflation, et la facture d’épicerie gonfle à vue d’œil.

En 2013, Option consommateurs (OC) a enquêté sur le phénomène. Son rapport fait office de référence en la matière au Québec. Pourtant, « rien n’a changé depuis », s’indigne l’avocate Sylvie De Bellefeuille. 

La conseillère budgétaire et juridique de l’organisme ne peut que constater que la pratique est toujours légale. 

Elle insiste depuis qu’elle est arrivée chez OC, il y a 11 ans : à l’épicerie, on doit calculer par le coût aux 100 g. Plus facile à dire qu’à faire, car la loi n’oblige pas les détaillants à afficher ce prix, « qui devrait pourtant être la base ».

C’est au consommateur de se débrouiller, et tous ne sont pas égaux devant le pouvoir des multinationales.

Des cas célèbres

Quand Toblerone a réduit de moitié le nombre de triangles de chocolat par barre, il y a quelques années, le tollé a été tel que l’entreprise a dû reculer.

Pendant ce temps, les boîtes de corn flakes passent fréquemment de 500 g à 450 g et de 450 g à 420 g.

Le jus d’orange Oasis ou Tropicana passe de 1,65 ou 1,75 L à 1,5 ou 1,54 L.

Tout ça, alors que les prix augmentent. « Quand tu es coté en Bourse, ton principal souci, ce sont les actionnaires », tranchent les deux spécialistes.

La vigilance est de mise en tout temps, rappelle-t-on chez Option consommateurs, surtout quand une crise nous frappe, comme maintenant. 

Quelques exemples récents de réduflation

  • Jus d’orange Oasis passé de 1,65 L à 1,5 L 
  • Jus Tropicana de 1,75 L à 1,54 L 
  • Sac de Cheetos de 310 g à 285 g
  • Croustilles Lay’s de 180 g à 165 g
  • Craquelins Crispers de 175 g à 145 g
  • Fromage Armstrong de 700 g à 600 g 
  • Singles Kraft de 24 à 22 tranches et de 450 g à 410 g
  • Côtes levées Swiss Chalet de 680 g à 600 g
  • Biscuits Oreo de 303 g à 270 g
  • Pizza Delissio croûte mince et croustillante de 630 g à 550 g
  • Barres tendres Quaker Chewy de 6 à 5 par paquet et de 156 g à 120 g