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Le Liban: un bateau ivre à la dérive

Le Liban: un bateau ivre à la dérive
AFP

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Avec toutes les calamités sanitaires, climatiques, écologiques et militaires qui affligent la planète, la crise qui engouffre le Liban a reçu relativement peu d'attention médiatique. C’est pourtant une catastrophe épique. 

Selon la Banque mondiale, le pays traverse l’une des crises économiques les plus sévères que le monde a connues depuis le milieu du XIXe siècle.

La paralysie politique actuelle qui caractérise l’État libanais, aussi inefficace que corrompu, aggrave une situation déjà désespérée et rend pratiquement impossible de même concevoir une sortie de crise.

L’inflation est massive. Les prix montent en flèche. Plus de 30% de la population active est au chômage. Ceux qui travaillent voient leur salaire fondre alors que l'épargne des retraités s'évapore. Les banques bloquent les retraits. La pandémie de coronavirus et l’énorme explosion dans le port de Beyrouth en août dernier ont dévasté encore plus l'économie. La classe moyenne libanaise a été décimée.

L’UNICEF affirme que plus de 70% des Libanais n'ont pas assez de nourriture ou d'argent pour en acheter. Le système d'approvisionnement en eau, faute d’entretien, est sur le point de s'affaisser et mettrait 70% de la population, plus de quatre millions de personnes, en danger.

L'incapacité de punir les responsables de l’explosion du port de Beyrouth est une autre manifestation du dévoiement de l’État libanais, en train de devenir un «État défaillant» comme la Somalie, la Libye et le Yémen.

La situation au Liban est devenue si désespérée qu’une partie du million et demi de Syriens qui s’y sont réfugiés commence à rentrer chez elle. L’effondrement imminent des dernières capacités régaliennes de l’État libanais va aussi déclencher des flux migratoires vers la Turquie, l’Union européenne et, peut-être même, le Canada. Des dizaines de milliers de Libanais qui vivent au Liban ont des passeports canadiens et peuvent exiger d’être rapatriés.

Le Liban est un État multiculturel, multiethnique et multiconfessionnel; l’idéal, en quelque sorte, dont rêvent Justin Trudeau et ses libéraux.

On aimait citer en exemple le partage du pouvoir entre chrétiens maronites, musulmans chiites et sunnites. C’était un mythe et un mensonge qui permettaient surtout aux élites corrompues et accapareuses des trois communautés de s’entendre pour se partager le gâteau.

Faut-il rappeler la terrible guerre civile entre chrétiens et musulmans qui a ravagé le pays de 1975 à 1990, faisant plus de 150 000 morts et 17 000 disparus parmi les civils? Un des éléments déclencheurs de ce conflit était la présence de réfugiés palestiniens chassés d’Israël qui bouleversaient l’équilibre confessionnel du pays. Il a fallu des décennies au Liban pour s’en remettre.

Actuellement, les chrétiens maronites du président Michel Aoun sont alliés au Hezbollah chiite pro-iranien pour s’opposer au «Mouvement du Futur» sunnite. Dans le système politique libanais, basé sur des statistiques d’appartenance religieuse de 1932 jamais révisées, le président doit toujours être un chrétien maronite. Le Hezbollah, dont les capacités militaires sont supérieures à celles de l’armée libanaise, joue le rôle de faiseur de rois au Liban.

L'annonce récente de la nomination du milliardaire Najib Mikati au poste de premier ministre désigné satisfait les maronites et le Hezbollah. Bon, il a été accusé de corruption à plusieurs reprises. Puis après?

Une conférence soutenue par l'ONU et accueillie par la France à Paris le 4 août pourrait être la dernière chance de sauver le Liban déliquescent. La communauté internationale se méfie de ses dirigeants qui ont dilapidé à plusieurs reprises l’aide reçue.

Des juges français enquêtent présentement sur le transfert illégal de millions de dollars par un membre du bureau exécutif de la banque centrale vers des banques suisses, puis en France. Le procureur général suisse s’intéresse de son côté aux comptes bancaires suisses au Panama qui cachent des fonds de la banque centrale libanaise détournés pour «effectuer du blanchiment d'argent».

La France, les États-Unis et l'Arabie saoudite peuvent-ils imposer la formation d'un nouveau cabinet «intègre» pour instituer les réformes économiques draconiennes nécessaires et, surtout, exiger d’en superviser la mise en application? 

Ça relèverait du miracle auquel les Libanais, gagnés par un désespoir lugubre, ne croient plus.