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Les complotistes sont des adolescents

GEN - MANIFESTATION DES ANTIMASQUES
Photo Martin Alarie Manifestation anti-masques à Montréal.

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Quand tu es enfant, tu crois que tes parents ont toujours raison.

Puis tu vieillis, tu deviens ado, et tu crois qu’ils ont toujours tort.

Enfin, tu deviens parent toi-même, et tu t’aperçois que tes parents n’étaient ni des anges ni des démons.

Juste des gens ordinaires, qui essayaient de faire leur possible.

Les complotistes sont restés bloqués au stade de l’adolescence.

« Tout est pourri ! »

Pour eux, tout ce qui représente de près ou de loin l’autorité est toxique. Diabolique. Pourri.

La police, les profs, les journalistes – tout.

Comme j’ai lu sur la page Facebook d’Éric Duhaime : « Le gouvernement, les médias, les sondages, les facultés de médecine, les associations professionnelles et les élections, tout, absolument tout fait partie d’un système infiltré et biaisé ».

Quand tu as 15 ans, tu penses comme ça. Le hic est que la dame qui a publié ce message sur la page Facebook du chef du Parti conservateur du Québec doit avoir 60 ans, minimum.

« Quand tu as 20 ans et que tu es à droite, tu n’as pas de cœur. Quand tu as 50 ans et que tu es à gauche, tu n’as pas de tête », dit l’adage. 

De même, on pourrait dire : « Si tu as 20 ans et que tu crois ce que les autorités te disent, tu es naïf. Si tu as 50 ans et que tu es convaincu que les figures d’autorité passent leur temps à te mentir, tu es parano ».

Un moment donné, tu arrêtes de croire que tout est pourri ! 

Tu vieillis et tu fais la part des choses, tu te rends compte que le monde est pas mal plus complexe que tu le pensais, et que ce n’est pas parce qu’on ne sait pas encore exactement comment ont été bâties les pyramides qu’elles ont été construites par des extraterrestres !

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Le stade du « non »

La posture complotiste est réconfortante, car elle te ramène à un âge où tout était clair.

Les bons d’un bord, les méchants de l’autre.

Pour les gens qui penchent à droite, ça veut dire : « Bon peuple sans pouvoir contre méchant État liberticide. »

Dans les années 1970, le cinéma américain passait son temps à véhiculer ce message. Tous les films à succès étaient paranos : The Parallax View, Chinatown, Marathon Man, Klute, Network, All The President’s Men, Rosemary’s Baby, The Conversation, Serpico, One Flew Over the Cuckoo’s Nest, etc. 

Ces films racontaient toujours la même histoire : comment des individus intègres à la recherche de la vérité étaient broyés par un système corrompu. 

Que voulez-vous, après des décennies de films chantant aveuglément la gloire de l’American Dream, il était normal qu’Hollywood passe par cette étape.

Mais ce n’était que ça : une étape. Comme le stade du non dans l’évolution psychologique d’un enfant.

Car à leur façon, ces films anti-establishment étaient aussi simplistes que les westerns des années 1950. 

Des séries complexes

Regardez les séries télé, aujourd’hui. Elles sont beaucoup plus complexes, ambiguës, équivoques et font passer les films américains des années 1950 et 1970 pour des bédés.

Les personnages représentant l’autorité n’ont pas toujours tort, et les héros n’ont pas toujours raison.

Ça s’appelle « vieillir ».