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Montréal tout-terrain: une cuisine d’Habitat 67 à son chalet

Une Montréalaise a acheté et assemblé une authentique cuisine d’Habitat 67 dans son chalet de Saint-Calixte

Julie Bélanger cuisine Habitat 67 dans chalet de Saint-Calixte 1
Photo Louis-Philippe Messier Julie Bélanger à son chalet de Saint-Calixte. La passionnée d’Expo 67 n’a pas compté les heures pour restaurer la cuisine d’origine d’Habitat 67 qu’elle a presque fini d’installer.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Sale et graisseuse, stockée en morceaux mêlés dans un entrepôt depuis les années 1980 ; la cuisine présentée lors de l’Expo 67 tenait du casse-tête géant ou du Ikea à coefficient de difficulté de 1000.

« Ça m’a coûté 5000 $, ça venait sans manuel, des vis manquaient, c’était complètement déconcertant », se remémore Julie Bélanger, qui a eu la piqûre de l’Expo lors de visites à Terre des Hommes avec sa grand-mère, au début des années 1980.

Elle n’a toujours pas complètement terminé la gigantesque besogne, qui a exigé déjà plus de 150 heures, même si l’essentiel de son chemin de croix est derrière elle. 

L’arôme enchanteur de la forêt environnante me rappelle le côté incongru du spectacle que j’ai devant les yeux : cet artefact d’Habitat 67 en aluminium et Arborite orne désormais la cuisine d’un petit chalet de Saint-Calixte, dans Lanaudière.

Démêler le charivari de la cuisine en pièces détachées a représenté un chantier de deux mois et demi.
Photo courtoisie, Julie Bélanger
Démêler le charivari de la cuisine en pièces détachées a représenté un chantier de deux mois et demi.

« Pendant 10 fins de semaine de suite, je partais de chez moi à Ville-Émard, je passais mes samedis et dimanches pour travailler à ma cuisine au chalet et je revenais tard le soir à Montréal. »

« Juste poser les portes, ça m’a pris 20 heures, j’avais mal partout après. »

Pas donné, le vintage...

Elle a dépensé 2000 $ pour remettre en état de marche l’authentique Frigidaire Habitat 67 chez un artisan spécialisé. Son évier est authentiquement celui d’Habitat 67. Une hotte rétractable Habitat 67 coiffera sa cuisinière : « J’ai pleuré de joie lorsque la hotte a été installée et que ça fonctionnait ».

Un authentique lampadaire de l’Expo 67 éclairera sa cour. Elle a joint La Ronde dans l’espoir de se procurer un billot de la défunte Pitoune (un manège de 1967) comme mobilier de jardin. Ajoutera-t-elle autre chose de l’Expo ? « Nonon, c’est assez », jure-t-elle.

L’Expo tatouée sur le corps

La femme de 44 ans (née neuf ans après l’Expo, donc) arbore un tatouage du logo de Terre des Hommes sur l’avant-bras gauche. De 2007 à 2015, après avoir lancé le groupe Facebook Expo 67 qui compte 8200 membres, elle a animé bénévolement plus de 1000 visites guidées de trois heures sur les sites de l’ancien événement. 

« Je passais tout mon temps libre sur les îles, j’étais toujours là, c’était un running gag », raconte celle dont on peut dire qu’elle se « souvient » de l’Expo davantage que bien des gens qui l’ont visitée. 

Le guide François Morin explique les subtilités de la mégastructure déroutante d’Habitat 67 à des visiteurs.
Photo Louis-Philippe Messier
Le guide François Morin explique les subtilités de la mégastructure déroutante d’Habitat 67 à des visiteurs.

Lorsque j’ai rédigé le cahier spécial du Journal de Montréal pour le 50e de l’Expo 67, devinez qui j’ai consulté. 

En 2017, Julie Bélanger a convaincu les résidents d’Habitat 67 d’accepter que des visites guidées s’y déroulent. N’y allez pas de manière informelle : une voix métallique crachée de je ne sais quel haut-parleur vous intimera de déguerpir. 

Ça reprend

Annulées pendant la pandémie, les visites guidées d’Habitat 67 reprenaient cette semaine et affichaient déjà complet jusqu’au 31 octobre. Des créneaux seront peut-être ajoutés dans habitat67.com.

Si vous êtes portés à la jalousie, tenez-vous loin de ce joyau architectural surveillé et entretenu par plus de 30 employés. 

De loin, ça semble défraîchi. Dedans, on mesure à quel point ces 354 blocs de béton abondamment fenestrés et emberlificotés offrent des gîtes luxueux. Les frais de copropriété mensuels peuvent avoisiner les 3000 $.