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À deux doigts de la mort à cause d’un coup de chaleur

Un jeune travailleur s’est retrouvé dans le coma à cause de la canicule

GEN - SIMON ARBOUR ET CAROLINE CANTIN
Photo Martin Alarie Caroline Cantin et son fils Simon Arbour, qui a aujourd’hui 21 ans.

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Un jeune homme de 20 ans en pleine forme s’est retrouvé dans le coma et a bien failli y laisser sa peau après un coup de chaleur, l’an dernier.

Simon Arbour et sa mère ont voulu témoigner de leur histoire pour sensibiliser les gens aux dangers des coups de chaleur, après la publication de notre dossier du 10 juillet qui révélait que 166 Québécois sont morts en cinq ans à cause de la canicule

Le 19 juin 2020, le mécanicien industriel de formation se trouvait sur un chantier de construction à Sainte-Sophie, dans les Laurentides.

« Ça faisait trois jours qu’il travaillait là, il voulait faire ses preuves alors il se donnait, même s’il faisait très chaud », explique sa mère Caroline Cantin.

Simon devait descendre les bardeaux d’asphalte du toit dans une échelle. À aucun moment, il ne s’est inquiété des effets de la chaleur. 

« Je me souviens juste de la première heure de travail et ça allait bien », explique le jeune homme qui n’a gardé aucun souvenir de l’accident.

Arrêt cardio-respiratoire

Selon ce qui a été dit à sa mère, à la pause en avant-midi, il a perdu conscience. À l’arrivée des ambulanciers, il était en arrêt cardio-respiratoire et les collègues pratiquaient un massage cardiaque.

Le cœur s’est remis à battre et il a été transporté à l’hôpital de Saint-Jérôme. La température normale du corps est de 36-37 degrés Celsius. Celle de Simon, à cet instant, était de 43 degrés.

« C’est extrêmement élevé, souligne le Dr Daniel Corsilli, intensiviste-hépatologue au CHUM qui l’a traité quelques jours plus tard. À 40 degrés, on s’inquiète et à 41 degrés le patient peut être en danger. »

Lors d’un coup de chaleur, les cellules de notre corps ne fonctionnent plus bien. Le foie est particulièrement sensible à la température élevée. 

Il y a aussi des risques de défaillance pour le cœur, les reins et le cerveau, explique le docteur. 

« Les médecins m’ont dit que son état était critique », explique Mme Cantin.

Hépatite fulminante

L’équipe médicale l’a laissé dans le coma avec des sédatifs pour permettre à ses organes de récupérer, mais sans succès.

Simon alors qu’il était intubé l’an dernier au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.
Photo courtoisie
Simon alors qu’il était intubé l’an dernier au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

« Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient plus rien faire, les organes étaient trop endommagés », raconte Mme Cantin, la voix étranglée par l’émotion.

Simon souffrait d’une hépatite fulminante. La mère a cru que c’était la fin. Puis quelques heures plus tard, un médecin lui a annoncé qu’un traitement encore peu connu pourrait être pratiqué au CHUM (voir autre texte plus bas).

Simon a été hospitalisé pendant un mois, le temps de recommencer à manger, à parler et à marcher avec de la physiothérapie, et de l’ergothérapie tous les jours. 

« J’étais comme un enfant qui devait tout réapprendre, j’ai encore un peu de difficulté à articuler », explique Simon.

Il espère retourner travailler comme mécanicien industriel sous peu. 

Le jeune homme sauvé par un nouveau traitement  

Simon Arbour a pu être sauvé grâce à un traitement peu connu.

Lorsque le jeune homme est arrivé au CHUM, ses reins et son foie ne fonctionnaient presque plus, et les médecins étaient inquiets pour son cerveau.

« Quand le foie arrête de fonctionner, il y a des déchets qui s’accumulent [dans l’organisme], dont de l’ammoniaque », explique l’intensiviste-hépatologue du CHUM, Daniel Corsilli. Le taux d’ammoniaque dans le sang du jeune homme était 15 fois plus élevé que la normale. Sa vie était en danger.

Le Dr Daniel Corsilli qui a sauvé Simon du coup de chaleur grâce à un nouveau traitement.
Photo courtoisie
Le Dr Daniel Corsilli qui a sauvé Simon du coup de chaleur grâce à un nouveau traitement.

Le médecin croyait toutefois pouvoir l’aider grâce à un traitement nommé plasmaphérèse à haut volume.

« Le plasma rempli de toxines est enlevé du patient et parallèlement, on lui en redonne du neuf de donneurs de sang. C’est comme si on faisait un méga changement d’huile du sang du patient », explique-t-il.

Transplantation évitée

Avant 2017, la seule chance de Simon à cette étape-ci aurait été la transplantation du foie, qui n’est pas sans conséquence.

« Il aurait été pris toute sa vie à s’occuper de son greffon. Tu dois prendre des médicaments, il y a des rendez-vous médicaux et parfois des complications », illustre le médecin.

Recourir à la plasmaphérèse à haut volume n’est pas une décision à prendre à la légère non plus. 

« Ça demande une quantité impressionnante de produits sanguins, donc il faut l’offrir de la façon la plus rigoureuse possible pour ne rien gaspiller. »

Comme la procédure est très exigeante pour le personnel et pour le patient et comme elle est relativement récente, elle n’est pas encore utilisée à grande échelle.

La Cadillac du traitement

Le nouveau CHUM est l’un des rares à s’être engagé dans l’aventure, en 2017. 

« On a décidé de l’offrir parce qu’on est un centre de transplantation et on voulait offrir la Cadillac du traitement pour les hépatites fulminantes », confie l’hépatologue.

Depuis, 21 patients ont reçu ce traitement au CHUM et Simon est le premier à en avoir bénéficié pour traiter un coup de chaleur. 

« La majorité des patients qu’on a traités pour l’instant avaient des hépatites fulminantes par intoxication au tylenol, précise le Dr Corsilli.  

L’objectif du CHUM est de publier ses résultats sur ce nouveau traitement au plus tard à la fin de 2021.