/sports/jo
Navigation

Retrouvailles et sacre olympique

Lamont Marcell Jacobs a récemment renoué avec son père

ATHLETICS-OLY-2020-2021-TOKYO
Photo AFP L’Italien Lamont Marcell Jacobs a causé la surprise en franchissant le fil d’arrivée du 100 m devant l’Américain Fred Kerley et le Canadien Andre De Grasse.

Coup d'oeil sur cet article

TOKYO | Né à El Paso, au Texas, d’un père militaire dans l’armée américaine qui a été déployé en Corée du Sud moins d’un mois après sa naissance, Lamont Marcell Jacobs a rapidement déménagé en Italie, le pays d’origine de sa mère.

Il n’avait pas vu ni parlé à son père durant des années et le considérait même comme un étranger. 

Alors âgés de 18 et 16 ans, ses parents se sont connus en Italie, se sont mariés jeunes et ont déménagé au Texas. Trois ans plus tard, le petit Lamont voyait le jour. Maman est rentrée à la maison avec son bambin, qui a grandi dans le nord de l’Italie, alors que son père est parti pour la Corée du Sud.

Dans sa préparation olympique, son psychologue sportif lui a fait une proposition qu’il a acceptée. 

« Mon psychologue sportif m’a dit que je devais reconnecter avec mon père si je voulais progresser, a raconté Jacobs en italien, lors du point de presse suivant sa victoire inattendue au 100 m. C’est ce que j’ai fait. »

Champion national au saut en longueur en 2016, d’où l’existence du tatouage à l’inscription Crazylongjumper sur son cou, l’Italien de 26 ans a adopté le sprint en 2018 en raison d’une blessure. 

Cette année, Jacobs a explosé en abaissant ses marques personnelles sur 60 m (en salle) et 100 m, enregistrant les records de l’Italie.

Comment explique-t-il cette progression soudaine ? 

« Ce fut un travail d’équipe avec la participation de nombreux spécialistes, souligne-t-il. J’ai aussi déménagé à Rome où je profite de meilleures installations. » 

De Grasse surpris

Le Canadien Andre De Grasse était lui aussi très étonné de la victoire de l’Italien, mais il y voyait un élément positif pour son sport. 

« Je ne le connaissais pas et sa victoire a créé une onde de choc, a souligné le médaillé de bronze sur 100 m des Jeux de Rio [2016] et de ceux de Tokyo. C’est une surprise et je le félicite. Je lui ai parlé un peu après la course, mais je ne sais pas jusqu’à quel point il comprend l’anglais. Sa victoire démontre qu’on ne sait jamais qui va gagner, ce qui signifie que notre sport s’en va dans la bonne direction. »

La victoire de Jacobs est la première obtenue dans cette catégorie par un Européen depuis la médaille d’or du Britannique Linford Christie à Barcelone (1992). Le plus récent triomphe d’un sprinter italien remontait aux Jeux de Moscou (1980). Pietro Mennea avait enlevé l’or au 200 m.

Loin de Bolt

Le héros du jour et père de trois enfants éprouve-t-il le sentiment particulier de succéder à Usain Bolt, qui a raflé les titres olympiques de 2008, de 2012 et de 2016 ? 

« Il n’y a aucune comparaison à faire entre nous deux, prévient-il. Je n’ai fait que gagner après lui. Bolt a changé la face de notre sport et moi j’arrive. On verra dans le futur. »