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Bombardier: pourquoi encore des subventions?

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Ah non, c’est pas vrai ! La famille Beaudoin-Bombardier qui repart à la conquête des subventions gouvernementales pour développer, cette fois, des appareils moins polluants et ainsi assurer son avenir.

Voilà ma réaction instantanée lorsque j’ai commencé à lire hier matin l’article de mon collègue Sylvain Larocque, où le nouvel homme fort de l’illustre famille, le PDG Éric Martel, lui disait : « On a déjà soumis notre projet. On est en train d’en discuter avec [les gouvernements], mais c’est un projet assez costaud parce qu’on est très ambitieux ».

La question que je me pose : pourquoi la richissime famille Beaudoin-Bombardier ne réinvestit pas elle-même dans son nouveau « très ambitieux » projet ? Après tout, elle a fait fortune avec BRP, l’ancienne filiale Bombardier Produits Récréatifs (Ski-Doo, Sea-Doo, Can-Am, etc.) que la famille a privatisée en 2003 en la cédant à un petit groupe d’investisseurs, dont elle-même, pour la somme de 960 millions $.

Depuis son inscription en Bourse en 2013, BRP est devenue un immense succès boursier. La famille Beaudoin-Bombardier a revendu des actions pour 800 millions $, tout en détenant encore 22,3 millions d’actions qui valent présentement 2,33 milliards de dollars.

CELA DIT...

Quand un nouveau projet est amorcé par Bombardier, pas de doute qu’il doit s’agir d’un projet « très ambitieux ». On n’a qu’à se rappeler le « petit » dernier, le super avion ultra moderne de la C Series.

Le problème ? Sur le plan financier, la C Series fut un monumental fiasco après que Bombardier y eut englouti quelque 9 milliards de dollars (7 milliards US) dans son développement.

Avec pour résultat désastreux que Bombardier a finalement donné la C Series à sa rivale mondiale Airbus. Et le gouvernement du Québec a ainsi vu son investissement de 1,3 milliard de dollars dans la C Series fondre comme neige au soleil.

Le fédéral, lui, avait injecté au minimum 350 millions $ de « contributions remboursables » dans la C Series.

Selon une plainte logée en 2017 par le Brésil devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Bombardier aurait bénéficié de quelque 3 milliards $ US d’aides publiques dans le développement de la C Series. Cela dit, on ne connaîtra jamais le fond de l’histoire, car le Brésil a retiré sa plainte contre Bombardier lorsque la C Series a été cédée à Airbus.

LE PROJET EN QUESTION

Après avoir donné la C Series à Airbus, cédé le programme d’avions CRJ à Mitsubishi Heavy Industries et les activités liées aux aérostructures à Spirit AeroSystems Holding, et après s’être départie de la filiale Bombardier Transport aux mains de la multinationale française Alstom, Bombardier se concentre aujourd’hui strictement sur le marché du jet d’affaires, avec ses Global 7500, Global 6500, Global 5500, Challenger 350.

Mais pour assurer l’avenir de la multinationale, le PDG Éric Martel mise sur des « percées technologiques » qui mettraient Bombardier sur la carte pour le long terme.

Ce n’est pas sur un projet de jet d’affaires électrique que Bombardier travaille présentement, mais plutôt sur des « technologies pouvant générer des gains substantiels » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’un avion d’affaires.

Pas de doute que l’idée est bonne. Mais si elle est si prometteuse, pourquoi la famille Beaudoin-Bombardier n’y réinvestit-elle pas elle-même une portion de la fortune qu’elle a encaissée avec BRP, l’ancienne filiale de Bombardier ?

Et quant aux gouvernements de Québec et d’Ottawa, ils devraient se demander si c’est socialement une bonne idée pour eux d’investir des fonds publics dans le perfectionnement de jets privés destinés aux plus riches de la société, tels les rocks stars, les chefs de grandes entreprises... ?