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Secteur de la santé: le recours au privé explose avec la pandémie

Le gouvernement du Québec a versé près d’un milliard $ aux agences dans la dernière année

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Photo Agence QMI, Marc Vallières Dans la région de Québec, le CIUSSS de la Capitale-Nationale pointe au 3e rang provincial avec une dépense totale de 72,8 M$ en contrats de main-d’œuvre privée, alors que l’IUCPQ (photo) a vu ses contrats avec les agences bondir de 233 %. Au CHU de Québec, c’est 9,4 M$ qui ont été octroyés au privé.

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Le recours aux agences privées du secteur de la santé a explosé dans la dernière année, en raison de la pandémie. Près d’un milliard de dollars leur ont été octroyés, soit plus du double de l’année précédente.

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En novembre, le ministre de la Santé, Christian Dubé, confiait au Journal vouloir « mettre fin au recours au privé », reconnaissant toutefois que ça ne se ferait pas « du jour au lendemain » à cause d’un manque de personnel. 

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On sait aujourd’hui que cette pénurie a coûté un montant record de 966,8 M$ à l’État québécois pour de la main-d’œuvre d’agences de placement durant la première année de pandémie, soit d’avril 2020 à mars 2021. Évidemment, le tout a été amplifié par la crise sanitaire alors que 60 % de la hausse des heures totales travaillées entre 2019-2020 et 2020-2021 est attribuable aux centres de dépistage, de vaccination et aux cliniques désignées.

Lorsqu’on les compare à l’année précédente, les coûts d’utilisation de la main-d’œuvre indépendante ont plus que doublé.       

  • 2019-2020 (prépandémie) : 443,4 M$       
  • 2020-2021 (pandémie) : 966,7 M$              

« C’est inacceptable », selon la chercheuse en organisation des soins de santé Roxane Borgès Da Silva, qui décrit le tout comme un « cercle vicieux ».

Jusqu’à 1000 % de hausse

Les soins aux usagers représentent la majeure partie de ces sommes. 457,4 M$ sont allés à des agences de placement fournissant des infirmières, des auxiliaires, des inhalothérapeutes et des préposées aux bénéficiaires. 

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le recours au privé a été dix fois plus important, passant de 1,1 M$ à 12,7 M$. Mais parmi les CIUSSS et les CISSS de la province, c’est celui des Laurentides qui est le grand champion du recours aux agences de santé privées, avec une facture de 97 M$.

« Il faut y réfléchir »

Bien entendu, la pandémie a multiplié les enjeux, mais ceux-ci existaient déjà avant la crise, selon les experts consultés. 

« Ce n’est pas pendant une crise comme la pandémie qu’on va régler ça, mais il faut y réfléchir et ça doit devenir un chantier prioritaire pour le gouvernement parce que ce n’est pas viable, ni financièrement ni en termes de qualité de soins », insiste Mme Borgès Da Silva, proposant qu’on trouve des moyens de garder les employés dans le réseau. 

Dans la dernière année, de nombreux employés sont tombés au combat, mais d’autres ont aussi fait le choix de partir, à la recherche de meilleures conditions, sans heures supplémentaires notamment.

« Certains ont eu peur, d’autres ont été contaminés, mais il y en a que l’écœurantite a poussés vers le privé. Ça augmente les besoins et au final, les agences finissent par avoir le gros bout du bâton », déplore la professeure de l’Université de Montréal.

Ça se poursuit

Et le passé pourrait malheureusement être garant de l’avenir dans ce dossier, car 165 M$ en contrats à des agences privées ont déjà été confirmés pour l’année à venir. 

« Des travaux sont en cours afin de trouver des solutions pérennes à cette problématique », assure le ministère de la Santé dans une réponse par courriel. De son côté, le cabinet de Christian Dubé indique que la position du ministre sur la question était déjà connue et qu’il n’avait rien à ajouter.  

Plus forte variation des dépenses au privé  

Parmi les CIUSSS et CISSS 


2020-2021 2019-2020 Variation %
Saguenay—Lac-Saint-Jean 12,7 M$ 1,1 M$ 1054,55 %
Capitale-Nationale 72,8 M$ 15,9 M$ 357,86 %
Chaudière-Appalaches 43,9 M$ 10,5 M$ 318,10 %
Montérégie-Centre 41,4 M$ 11,5 M$ 260,00 %
Laurentides 97 M$ 28,3 M$ 242,76 %
Mauricie et Centre du Québec 30,1 M$ 9,5 M$ 216,84 %
Gaspésie 12,6 M$ M$ 215,00 %
Îles-de-la-Madeleine 8,4 M$ 2,7 M$ 211,11 %
Lanaudière24,1 M$7,8 M$208,97 %
Laval31,5 M$11,4 M$176,32 %
Nord-de-l'Île-de-Montréal57,2 M$22,9 M$149,78 %
Bas-Saint-Laurent21,3 M$8,8 M$142,05 %
Côte-Nord55,6 M$29,1 M$91,07 %
Montérégie-Est35,7 M$18,8 M$89,89 %
Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal74,1 M$39,9 M$85,71 %
Outaouais20 M$11,1 M$80,18 %
Est-de-l'Île-de-Montréal59,4 M$35,2 M$68,75 %
Ouest-de-l'Île-de-Montréal40,4 M$24,3 M$66,26 %
Montérégie-Ouest51,2 M$33,5 M$52,84 %
Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal36 M$23,8 M$51,26 %
Estrie10,7 M$7,6 M$40,79 %
Abitibi-Témiscamingue 51,5 M$ 36,6 M$ 40,71 %

Parmi les centres hospitaliers


2020-2021 2019-2020 Variation %
CUSM 13,4 M$ 3,7 M$ 262 %
IUCPQ M$ 0,9 M$ 233 %
CHUM 5,4 M$ 3,5 M$ 54 % 
CHU de Québec 9,4 M$ 6,2 M$ 52 %
Institut Cardio Mtl  0,5 M$ 0,4 M$ 44 %
CHU Sainte-Justine 1,2 M$ M$ -40 %

Une pandémie très payante pour les firmes de sécurité  

Si les agences de placement de personnel infirmier ont profité de la manne, les agences de sécurité privées ont aussi largement bénéficié de la pandémie. 

Des 966,7 M$ octroyés au privé par le réseau de la santé l’an dernier, le tiers a servi au déploiement de gardiens de sécurité dans les établissements, soit 336,3 M$. Il s’agit d’une hausse vertigineuse de 257 % si l’on compare avec l’année précédente, où la dépense totale en main-d’œuvre indépendante en sécurité s’élevait à 94,2 M$.  

Contrôle des entrées

Comme partout ailleurs, les agents de sécurité étaient évidemment plus nombreux dans les hôpitaux pour veiller au respect des mesures sanitaires et pour contrôler les nombreux accès à l’édifice et à chacun des départements. 

« Uniquement pour la gestion des entrées, on a besoin de 80 personnes supplémentaires pour diriger les patients qui entrent et assurer le respect des consignes », expliquait d’ailleurs au Journal la responsable du maintien des activités et de la sécurité civile du CHU de Québec, Anne Gignac, à ce sujet en novembre dernier. 

La gestionnaire précisait en pleine deuxième vague que ces tâches étaient souvent effectuées par des bénévoles avant la pandémie. Souvent âgées, ces personnes ne pouvaient évidemment plus occuper ces postes en raison des risques liés au virus, expliquant en partie l’explosion des coûts.

Hausse de plus de 400 %

Parmi l’ensemble des établissements publics du réseau de la santé, c’est dans la grande région de Québec où l’on a eu le plus recours au privé pour assurer la sécurité des établissements.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches et le CIUSSS de la Capitale-Nationale ont tous deux octroyé 36 M$ à des agences de sécurité privées. Il s’agit pour les deux établissements d’une explosion de plus de 400 %.

Et encore une fois, cette tendance se poursuit alors que le CISSS de Chaudière-Appalaches a conclu dans les dernières semaines une entente estimée à 12 M$ avec le Groupe de Sécurité Garda.

 — Avec la collaboration d’Elisa Cloutier

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