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Netflix a atteint son point de saturation

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Pour la première fois de sa courte histoire, Netflix perd des abonnés au Canada et aux États-Unis.

Environ 430 000 abonnés sur près de 74 millions, c’est peu, mais la baisse indique probablement que Netflix a atteint un point de saturation en Amérique du Nord. Ne vous inquiétez pas pour Reed Hastings, fondateur de Netflix, sa conquête du monde est loin d’être terminée. Même s’il compte 209 millions d’abonnés, il lui reste encore des millions de foyers à conquérir.

Sa « business » est si rentable qu’il se moque que 41 % des habitués du service ne paient pas un rond, utilisant le mot de passe d’un voisin ou d’un parent. Malgré ce manque à gagner, Netflix fera 7,5 milliards $ US de profits, cette année. C’est cinq fois le budget annuel de Radio-Canada ou un peu plus que le budget combiné des villes de Montréal et de Laval.

Que Netflix fasse enfin du surplace est une excellente nouvelle pour les autres services du genre. Le Club illico, tou.tv Extra et Crave réunis rejoignent à peine plus de la moitié des abonnés francophones de Netflix et d’Amazon Prime. Heureusement, le nombre de leurs abonnés est en progression.

EST-CE PAR GRANDEUR D’ÂME ?

De tous les géants américains du net, Netflix est de loin celui qui se comporte de la façon la plus décente, en particulier avec le Canada. Ce n’est pas par grandeur d’âme, mais pour prévenir que les lois et les règles que pourrait établir le gouvernement fédéral dans les années à venir ne soient pas indûment contraignantes.

On se rappelle la promesse de l’astucieux Reed Hastings à Mélanie Joly, l’ex-ministre du Patrimoine. Les 500 millions $ US en production promis sur cinq ans ont été largement dépassés, mais ce sont bien plus les entreprises de services qui en ont profité que nos créateurs. Netflix a profité de la faiblesse de notre dollar et de divers crédits d’impôt pour produire chez nous, surtout à Vancouver et Toronto, nombre de séries et de films n’ayant rien de canadien. 

Malgré toutes les belles intentions, les Québécois francophones sont plutôt laissés pour compte par Netflix. À l’exception du long métrage Jusqu’au déclin du réalisateur Patrice Laliberté et de quelques achats de documentaires et de spectacles déjà produits, Netflix a fait surtout des « relations publiques », saupoudrant ça et là des sommes jamais divulguées pour la promotion des femmes, des minorités, des Noirs et des Autochtones en audiovisuel. Netflix vient juste de lancer un appel pour qu’on lui soumette des projets de films et de séries francophones sans déterminer combien et quand ils pourraient être produits.

UNE BONNE LEÇON

Les abonnés québécois ne sont pas gâtés. Ils n’ont pas accès, par exemple, à des dizaines de longs métrages, de séries et de documentaires français qui font partie du répertoire de Netflix en France. Un répertoire déjà beaucoup trop mince au goût des abonnés français. Depuis juillet, Netflix ajoute graduellement à son répertoire francophone canadien 25 films québécois assez récents, dont Monsieur Lazar, Mommy, Incendies et les succès populaires De père en flic, Starbuck, La guerre des tuques 3D et Menteur.

Que la clientèle de Netflix plafonne enfin est quant à moi une bonne leçon. Reed Hastings saura ainsi qu’Américains et Canadiens, qui furent ses premiers abonnés et qui constituent encore le noyau dur de sa clientèle, méritent mieux que les trop nombreux navets qu’il leur présente. Comme nous méritons mieux que le maigre répertoire francophone qu’on nous offre.