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Trudeau court-circuite Hydro-Québec

Le gigantesque projet hydro-électrique de Muskrat Falls, au Labrador.
Photo courtoisie Le gigantesque projet hydro-électrique de Muskrat Falls, au Labrador.

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Dès le départ, il est important de rappeler que le gouvernement fédéral n’a jamais investi une « cenne » dans les multiples projets hydro-électriques du Québec. C’est Hydro-Québec, la plus grande société d’État du gouvernement du Québec, qui les a entièrement financés à même ses bénéfices. Pourtant, Hydro-Québec rapporte énormément d’argent au fédéral, comme vous le verrez plus loin.

Cela étant dit, le gouvernement fédéral est devenu ces dernières années un joueur-clé dans le financement de très grands projets énergétiques. Ce qui soulève la grogne au Québec et voici pourquoi.

Après avoir investi 9,1 milliards de dollars dans l’achat et le développement du pipeline Trans Mountain, qui permet à l’Alberta de transporter son pétrole jusqu’en Colombie-Britannique, voilà que le gouvernement de Justin Trudeau vient d’injecter 5,2 milliards $ dans le projet hydro-électrique de Muskrat Falls du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador.

Un mégaprojet hydro-électrique devenu financièrement incontrôlable, dont le coût est passé de 6,3 milliards de dollars à quelque 13 milliards de dollars. Pour le moment !

Un projet qui, dans les faits, s’en trouve presque entièrement soutenu financièrement par Ottawa avec des garanties de prêts de 7,9 milliards $ et l’injection de ces nouveaux 5,2 milliards $.

CROC-EN-JAMBE AU QUÉBEC

L’aide fédérale de 5,2 milliards de dollars dans Muskrat Falls a été vertement dénoncée, notamment par la cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade, le chef parlementaire du Parti québécois Pascal Bérubé et le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet.

Pourquoi la gigantesque aide fédérale de 5,2 milliards de dollars dans Muskrat Falls soulève-t-elle autant la grogne au Québec ?

Parce qu’avec ce projet hydro-électrique, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador vise à concurrencer Hydro-Québec dans le marché de l’exportation d’électricité. Et ce dans le dessein de se venger du gouvernement du Québec qui a refusé jusqu’à maintenant de renégocier à la hausse le fabuleux contrat permettant à Hydro-Québec d’acheter jusqu’en 2041 la quasi-totalité de l’électricité produite par la centrale des Churchill Falls à un prix extrêmement faible.

Concrètement, en finançant de la sorte le mégaprojet Muskrat Falls, le gouvernement Trudeau vient appuyer le gouvernement terre-neuvien dans sa farouche lutte commerciale contre le gouvernement du Québec et Hydro-Québec.

Le gouvernement de François Legault n’a pas dit un mot jusqu’à présent. Cela ne signifie pas pour autant « qui ne dit mot consent », comme le veut l’expression. À sa décharge, le gouvernement Legault est en pleine renégociation avec les Terre-Neuviens pour le lucratif contrat d’électricité des Churchill Falls.

UNE COMPENSATION ?

Voyant l’implication financière du gouvernement fédéral dans les projets énergétiques, il serait peut-être temps que le gouvernement du Québec demande à Justin Trudeau de contribuer financièrement aux projets hydro-électriques de notre société d’État. Ou que M. Trudeau verse au gouvernement québécois une compensation financière, comme le souhaite le Parti québécois.

Après tout, il faut savoir que le gouvernement fédéral fait beaucoup d’argent avec les ventes d’électricité effectuées par Hydro-Québec.

Pour la dernière année, soit 2020, j’ai calculé que la société d’État a rapporté au minimum 1 milliard de dollars au gouvernement fédéral, dont 625 millions de dollars en TPS sur les ventes d’électricité aux clients d’Hydro, 360 millions de dollars en impôt fédéral sur la masse salariale d’Hydro, etc.

En huit ans, soit depuis 2013, l’année où la construction du projet terre-neuvien Muskrat Falls a débuté, Hydro-Québec a directement rapporté au fédéral plus de 7 milliards $ en TPS et impôt sur la masse salariale.

À cela s’ajoutent les retombées fiscales que le fédéral empoche grâce aux investissements massifs d’Hydro dans son réseau d’électricité.

Depuis 2013, Hydro-Québec a effectué des investissements en immobilisations de 29 milliards de dollars. Et d’ici 2025, Hydro prévoit investir 22,5 milliards additionnels. Ce qui représente des milliards de dollars de retombées fiscales pour Ottawa.

Une petite compensation fédérale avec ça ?