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Dans la douceur de l’été

Jeux d’eau
Photo courtoisie Jeux d’eau
Julien Grégoire

Del Busso
216 pages 2021

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Pour échapper à la canicule et à des parents qui les oublient, deux ados passent leurs nuits dans les rues de Montréal. Leur regard ingénu transforme l’été, le leur et le nôtre.

Parce qu’il met en scène deux adolescents de 13 ans tout en étant destiné au grand public, on pourrait croire que Jeux d’eau s’ajoute à la liste des romans du grand basculement vers l’âge adulte.

Mais ce n’est pas ce que l’on retient en le lisant. Julien Grégoire nous tient si bien ancrés dans la chaleur de l’été qu’on se laisse couler dans le moment présent, sans chercher de leçon. Et viennent en tête des chansons : Laisser l’été avoir 15 ans, de Claude Dubois, ou la plus lointaine Deux enfants au soleil, interprétée par Jean Ferrat.

Oui, ce genre de douceur là

Les deux protagonistes de Jeux d’eau ne vivent pourtant pas dans des milieux faciles. Les parents de Delphine ne cessent de s’entredéchirer, alors que chez Benjamin, c’est au contraire le party continuel. 

Celui-ci loge avec sa mère chez Philippe, un ami, drag queen qui anime un karaoké en vogue dans le Village. Ils ne sont pas seuls dans cet appartement : toute une faune y circule, des gens sans attaches qui vont et qui viennent, et qui ne se soucient guère du discret ado qu’ils croisent.

Autant s’échapper donc, surtout quand la canicule montréalaise rend impossible de trouver le sommeil. Benjamin saute sur son vélo ; Delphine, elle, saute de sa fenêtre.

C’est ainsi que les deux jeunes, qui s’étaient vaguement côtoyés à l’école secondaire, vont se croiser au parc Marquette. Benjamin connaît si bien les lieux qu’il sait même y ouvrir les jeux d’eau au cœur de la nuit.

Ça deviendra leur rendez-vous nocturne secret, l’endroit où se rafraîchir, se raconter mutuellement leur vie et partir à la recherche de Laurent, grand ami de la mère de Benjamin qui a disparu la veille de leur départ en vacances dans les Maritimes. Une autre promesse non tenue que Benjamin ne se résout pas à accepter.

On suit donc le duo dans un Montréal qui, passé minuit, semble n’exister que pour eux. Les parcs sont déserts, les chantiers aussi, et nul ne circule dans les quartiers résidentiels. Et au besoin, il est facile de se faufiler là où il y a de l’action, soit dans les bars fréquentés par l’entourage de Benjamin. 

Ces ados n’ont toutefois rien de délinquant : il s’agit simplement d’alléger des nuits trop collantes et des dynamiques familiales trop lourdes. Et découvrir ce qui nous entoure quand on n’a de comptes à rendre à personne.

Les escapades des deux ados prendront d’ailleurs fin à la rentrée scolaire : séparés par la vie et puis il fait de plus en plus froid la nuit.

Julien Grégoire referme ainsi la parenthèse d’un été entre deux âges, d’exception. Et ça nous laisse au cœur le souvenir d’une grande pureté, juste d’avoir été là, juste d’avoir été bien.