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Prendre un bain de forêt

<strong><em>Ce que nous enseigne la forêt<br>Redécouvrir le lien entre l’humain et la nature</em><br>Peter Wohlleben</strong><br>Éditions MultiMondes<br>2021
Photo courtoisie Ce que nous enseigne la forêt
Redécouvrir le lien entre l’humain et la nature

Peter Wohlleben

Éditions MultiMondes
2021

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Je vous ai parlé dans une chronique antérieure d’un livre insolite, La vie secrète des arbres, où l’auteur nous apprenait, entre autres, que les arbres communiquaient entre eux pour se prévenir d’un danger imminent en sécrétant par leurs feuilles des odeurs qui éloignent les prédateurs. Peter Wohlleben, l’auteur de ce nouvel ouvrage sur les arbres et l’humain, nous invite encore une fois à le suivre en forêt pour nous faire découvrir un monde captivant et bien organisé dont nous faisons partie et que les changements climatiques n’ont pas encore détruit, fort heureusement.

Se promener en forêt est un exercice extrêmement bénéfique, nous dit notre forestier auteur. Tous nos sens sont mis en alerte. Notre vue s’exerce aux multiples teintes de vert et repère, à la longue, les mouvements des animaux qui y vivent. Notre ouïe est sensible au moindre craquement de branches comme aux différents chants des oiseaux. Notre organe olfactif est lui aussi mis à contribution, entre autres pour dénicher les odeurs de fruits mûrs dans les arbres. Mais « la nature n’a pas toujours bon goût », surtout que nos goûts ont évolué, façonnés de plus en plus par l’industrie agroalimentaire. Surprise : notre intestin serait sensible aux odeurs et « il est capable de percevoir le goût puisqu’il possède des récepteurs semblables à ceux que l’on trouve dans le nez ». Quant au cinquième sens, il nous permet de reconnaître au toucher les textures des écorces et des feuilles.

Une longueur d’avance

Armés de nos cinq sens, il ne faut donc pas hésiter à se promener en forêt, seul ou avec d’autres, en oubliant les légendes concernant les animaux prédateurs. Car « depuis la nuit des temps jusqu’au cours du XIXe siècle, se promener en forêt pouvait effectivement s’avérer dangereux. Mais moins à cause des prédateurs que de nos congénères humains ». Aujourd’hui, nous dit l’auteur, les bandits de grand chemin ont disparu et les attaques d’animaux sauvages sont pratiquement inexistantes. Nous sommes parfaitement équipés pour nous adapter à ce milieu naturel d’où nous venons d’ailleurs, mais dont nous avons perdu l’habitude. Car, « le lien qui nous unit à la nature n’est et n’a jamais été rompu ; nous l’avons juste ignoré quelque temps ». Protéger la nature, c’est, en quelque sorte, se protéger soi-même « pour la simple raison que nous sommes partie intégrante de ce tout ».

L’auteur compare le « langage » des éléphants à celui des arbres. Les pachydermes communiquent entre eux « avec leurs pattes, qui produisent des infrasons imperceptibles par l’homme, et cela sur des kilomètres ». Les arbres, eux, le font grâce à leurs liaisons racinaires. Mais il y a plus. Tout en niant être ésotérique, Wohlleben se demande si les plantes et les arbres ont une conscience. Il est indéniable, affirme-t-il, que les arbres ont une longueur d’avance sur l’homme puisqu’ils sont apparus il y a 380 millions d’années, alors que l’Homo sapiens date de 300 000 ans. Or, notre évolution passe immanquablement par le feu, qui prouve clairement « que notre destin ne peut être dissocié du bois ».

Mémoire

Les arbres comme les humains sont porteurs d’un champ électrique et Wohlleben nous explique comment nous pourrions l’expérimenter si nous parvenions à toucher la pointe des branches d’un grand chêne par temps sec. Selon lui, il est prouvé qu’un jeune arbre pousse moins vite si on le touche fréquemment. Même chose avec les plants de tomates. « Des scientifiques ont en effet découvert que les plantes qui sont ainsi cajolées produisent plus d’acide jasmonique ». Mais, précise le forestier, la partie la plus sensible de l’arbre n’est pas l’écorce, mais ses racines, là où se trouve « la mémoire », ce qui s’avère difficile à cajoler. Il est prouvé également que les plantes sont sensibles aux sons et aux voix. Ce qui les rapproche du règne animal. 

Bref, si vous êtes sensibles au sort des animaux, vous devez l’être également aux arbres. Sauver une forêt est aussi important que sauver une baleine.