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Le pari risqué de Justin Trudeau

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À ne pas en douter, le premier ministre du Canada est prêt à déclencher les élections. Il y a même de fortes chances que le coup d’envoi de la campagne électorale soit donné d’ici la semaine prochaine. Mais par respect pour la population, j’attendrais. La quatrième vague est déjà amorcée et nous avons besoin d’un capitaine bien en selle pour piloter le bateau.

Oui, je sais, mon opinion est à contre-courant. Bien sûr, comme analyste politique, c’est toujours grisant, une campagne électorale. Si je ne pensais qu’à moi, je dirais que c’est le meilleur moment pour aller aux urnes. La réalité, c’est que nous sommes toujours en pandémie, et qu’il n’y a aucun sentiment d’urgence à faire dissoudre le Parlement.

Le gouvernement actuel, même s’il est minoritaire, est pleinement fonctionnel. Le seul intérêt pour les libéraux fédéraux à nous amener aux urnes, c’est l’espoir d’obtenir un gouvernement majoritaire. Dans le contexte actuel, ce n’est pas un argument qui tient la route. Parce qu’au-delà des objectifs d’un parti de faire des gains politique, il faut penser à l’ensemble des Canadiens.

Maintenir le gouvernail

Au moment même où Justin Trudeau songe à imposer la vaccination aux fonctionnaires fédéraux pour une question de leadership, il faut aussi qu’il démontre qu’il est responsable jusqu’au bout, ce qui inclut de maintenir le gouvernail pour passer au travers de cette quatrième vague.

Bien sûr, en agissant de façon responsable, il risque peut-être de passer à côté de la meilleure occasion pour obtenir un gouvernement majoritaire. Il aurait un argument de taille : la campagne vaccinale a été un succès. Malgré les craintes et les critiques du début, il a livré la marchandise. Nous avons eu toutes les doses nécessaires pour vacciner la population, et même plus. Sur la scène mondiale, le Canada se démarque en étant l’un des pays les plus vaccinés.

Cependant, malgré cette belle vitrine et le peu de visibilité pour ses adversaires, les sondages font du surplace pour les libéraux. Si l’on se fie à la dernière projection du vote populaire faite par Québec125 le 1er août dernier, Justin Trudeau a de fortes probabilités de se retrouver une fois de plus avec un gouvernement minoritaire.

La projection de sièges lui donne 163 députés, alors qu’il en faut 170 pour obtenir une majorité. Évidemment, tout est possible. Une campagne électorale, ça se gagne sur le terrain. Et comme on a pu le constater, Justin Trudeau et plusieurs de ses ministres ont tout le charisme nécessaire pour faire des gains au contact des électeurs. Cependant, dans la quatrième vague, ce contact pourrait être plus difficile.

De rêve à cauchemar

Quoi qu’il en soit, qu’une majorité soit à portée de main ou pas pour les libéraux, la question est la suivante. Si la quatrième vague fait plus de dommages qu’anticipé en raison du variant Delta, que répondront-ils aux électeurs qui leur reprocheront d’avoir laissé le bateau sans gouvernail en pleine crise ? Le beau rêve d’obtenir un gouvernement majoritaire pourrait alors devenir un cauchemar.

Parlez-en à Pauline Marois. Elle était convaincue en 2014 de pouvoir obtenir la majorité ; elle a finalement tout perdu. Il y a donc un risque à déclencher des élections uniquement par gourmandise.

M. Trudeau, il serait plus sage d’attendre, en prenant par surprise les oppositions, et de démontrer avec brio votre leadership et votre sens des responsabilités en période de pandémie. Ce serait beaucoup plus honorable !