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Un tueur à gages voulait 1,6M$ contre ses aveux

La collaboration du délateur avec la police a mené à l’arrestation des accusés

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Marie-Josée Viau et Guy Dion (en mortaise sans masque) à leur arrivée au centre judiciaire Gouin, à Montréal. Le couple de la Montérégie est accusé d’avoir participé aux meurtres des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, en 2016.

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Un tueur à gages devenu délateur pour la police demandait la rondelette somme de 1,6 M$ en échange d’aveux sur les meurtres de deux frères survenus en 2016. Il a finalement reçu à peine plus que le quart du montant.

Le jury chargé du sort de Marie-Josée Viau et Guy Dion, ce couple accusé d’avoir fait disparaître les corps des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto en 2016, a pris connaissance lundi du contrat du tueur à gages, lorsqu’il est devenu agent civil d’infiltration (ACI) pour la Sûreté du Québec (SQ).

L’homme, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, doit recevoir 450 000 $ au total pour sa participation avec les forces de l’ordre.

Avant qu’il ne se présente aux policiers en 2019, ces derniers nageaient en plein mystère quant à la disparition des frères Falduto trois ans plus tôt.

C’est la collaboration du délateur qui a mené à l’arrestation de Marie-Josée Viau et Guy Dion, peu après.

La femme de 46 ans et l’homme de 49 ans auraient incinéré à leur résidence de Saint-Jude, en Montérégie, les cadavres des frères Falduto après que le tueur à gages les eut abattus dans leur garage.

« Ingérable »

Si l’homme s’attendait d’abord à recevoir 1,6 M$ pour ses aveux, il a ensuite baissé son prix à 1,2 M$.

La Sûreté du Québec le trouvait « ingérable », a-t-il dit, et des tensions durant les négociations des termes du contrat ont bien failli faire dérailler l’opération. Tellement qu’il a rompu ses liens avec les forces de l’ordre pendant quelques semaines.

Avant ce désaccord, le chiffre sur la table était d’un demi-million, a-t-il témoigné, mais finalement, il a signé pour 450 000 $. 

« Il n’y a jamais eu de négociations [pour le contrat], c’était une dictature. On m’a crossé tout le long », a-t-il relaté lundi, au centre judiciaire Gouin, à Montréal.

Les relations entre le délateur et la SQ étaient si mauvaises à un moment que le tueur repenti a été accusé au criminel pour avoir proféré des menaces de mort contre trois personnes, soit une ex-copine et deux hauts gradés de la police provinciale.

« Pas des menaces »

« Ce n’était pas des menaces, c’était de la ventilation que je faisais », a-t-il justifié.

Selon le contrat entre la SQ et le délateur, ce dernier a touché 250 000 $ après l’opération policière qui a permis d’arrêter les accusés il y a deux ans.

Il a eu droit à 100 000 $ supplémentaires un an plus tard. Les deux dernières sommes de 50 000 $ seront versées lors du deuxième anniversaire de l’opération à l’automne et lorsque ses témoignages seront complétés devant les tribunaux.


Le procès reprend la semaine prochaine par le contre-interrogatoire du délateur.

Même pas payés pour avoir nettoyé la scène de crime

Le couple soupçonné d’être des « nettoyeurs de la mafia » n’a jamais été payé pour sa sale besogne, selon ce qu’aurait dit l’accusée au tueur à gages, sans savoir qu’il était devenu collaborateur de la police.

« On n’a jamais rien eu, c’pas compliqué, rien », a laissé tomber Marie-Josée Viau en juillet 2019, ignorant qu’elle était enregistrée par celui qui a fait feu sur Vincenzo et Giuseppe Falduto trois ans plus tôt dans son garage.

Le jury au procès de Viau et de son conjoint, Guy Dion, a été replongé lundi dans l’écoute électronique effectuée pour les coincer. 

Dès les premières rencontres organisées par la Sûreté du Québec entre les accusés et le tueur à gages repenti, Marie-Josée Viau a vite détaillé comment elle s’était débarrassée des corps, ignorant que son complice allégué portait un dispositif d’enregistrement. 

« On a rushé là. On a rushé sur un tabarnack de temps là. Mais on a eu quoi, fuck all. Même pas de visite. Rien, niet, nada. Les objets ont disparu. On les a pu retrouvés », a-t-elle lancé.

Viau a raconté avec précision comment elle avait fait brûler les corps ainsi que les effets personnels des victimes sur son terrain, en alimentant le feu avec plusieurs gallons d’essence et toute leur réserve de cordes de bois. 

Son conjoint et elle ont ensuite ratissé le terrain pour éliminer toute trace d’ADN des victimes, puis ont nettoyé la scène avec 16 litres d’eau de Javel.

Pas payés

« On a nettoyé. Nettoyer, ça coûte », a-t-elle confié au délateur.

C’est le mafieux Salvatore Scoppa qui avait passé la commande d’assassiner les Falduto, mais il a lui-même été abattu par la suite.

L’agent civil d’infiltration a laissé entendre aux accusés qu’il pourrait les mettre en contact avec le frère de « Sal », Andrew Scoppa, afin qu’ils se fassent payer pour leur travail.

« J’peux ramasser Andrew. Andrew va sortir de l’argent, ça j’te l’garantis », a dit le délateur à Viau et Dion, alors qu’il enregistrait leur conversation.

En plus de se débarrasser des corps et de faire disparaître toute trace des crimes, le couple aurait également entreposé un arsenal d’armes et d’explosifs, assez pour « aller à [la] guerre », sans toutefois être payé comme convenu, auraient déploré Viau et Dion.