/misc
Navigation

Andrew Cuomo: mains baladeuses et corruption?

Andrew Cuomo: mains baladeuses et corruption?
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Plus on enquêtait sur le gouverneur de New York Andrew Cuomo, plus les gens se confiaient et plus les informations qui circulaient pointaient vers un départ précipité ou une destitution de celui qui était considéré comme un héros il y a quelques mois à peine. Il a finalement préféré la première option. 

Si vous lisez régulièrement mes petites entrées sur ce carnet, vous savez déjà que je me suis abstenu de sortir l’encensoir pour souligner le travail de l’aîné des frères Cuomo et que j’ai régulièrement affirmé que sa réputation était sulfureuse. 

Dur et expérimenté, le gouverneur démocrate a su tirer les bonnes ficelles lorsque c’était le moment, mais les récentes allégations ne donnent que plus de poids à sa réputation de butor peu scrupuleux.

Presque chaque jour, nous en apprenions un peu plus sur son comportement à l’égard des femmes, et il a perdu hier sa collaboratrice la plus proche. Si elle ne s’est pas épanchée sur les motifs de son départ, elle n’a pas manqué de souligner que le climat de travail autour du gouverneur n’avait rien de normal.

Nouveau coup de tonnerre aujourd’hui, qui a précédé l’annonce du gouverneur et qui n’y est peut-être pas étrangère. Ronan Farrow liait le démocrate à des histoires de corruption dans les pages du New Yorker.

Dès le début de son texte, Farrow indiquait qu’en 2014, Andrew Cuomo a contacté directement la Maison-Blanche pour se plaindre du travail du procureur du District Sud de New York Preet Bharara. Ce dernier souhaitait que des enquêteurs conservent toutes les preuves et les documents d’une enquête de corruption freinée brusquement par Cuomo.

Il faut savoir que le gouverneur avait lui-même lancé la commission Moreland pour enrayer la corruption politique à New York. À peine un an après le début des travaux, Cuomo y mettait fin, alléguant que le ménage était complété. S’il avait le dernier mot sur cette commission qui relevait de sa seule autorité, le gouverneur n’y pouvait rien si un procureur fédéral souhaitait récupérer preuves et témoignages, de manière à nourrir sa propre enquête. D’où l’appel à une conseillère de Barack Obama.

Visiblement contrarié et très en colère, Cuomo a été aux prises avec une fin de non-recevoir. Ce serait contraire à l’éthique et à la séparation des pouvoirs pour le président que d’interférer avec le travail du procureur Bharara. Ici, le comportement et les demandes de Cuomo ne sont pas sans rappeler ce qu’on reproche à Donald Trump, dont il peine de plus en plus à se distancer.

Pourquoi Cuomo était-il contrarié au point de tenter de contacter le président des États-Unis lui-même? Parce que certains éléments des enquêtes pour corruption pointaient dans sa direction et qu’on dénonçait ouvertement les pratiques douteuses et les manières brutales de sa garde rapprochée.

J’écrivais, il y a peu, que si Cuomo n’avait jamais donné suite à ses prétentions présidentielles, c’est tout simplement parce qu’il y avait trop de squelettes dans son placard. Le spectacle quotidien qu’il offrait au début de la pandémie ne visait qu’à revamper son image. On l’y voyait plus ferme et déterminé que brutal. 

Pendant un moment, cette triste mascarade a fait oublier à quel point ce politicien opportuniste ne reculait devant rien, prêt à défendre une chose et son contraire. Vous me direz qu’il n’est pas le premier politicien à le faire, qu’il a simplement été plus habile que les autres. C’est possible, mais avant d’annoncer sa démission aujourd’hui, il était en passe de ravir le titre à Donald Trump.