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Omnium Banque Nationale: les juges remplacés par une machine

Il n’y a pas de juges de ligne à Montréal cette année, mais plutôt des ordinateurs

Omnium Banque Nationale: les juges remplacés par une machine
Photo Martin Chevalier

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Il y a des absents sur les courts de l’Omnium Banque Nationale de Montréal cette semaine. Dans le but de réduire le nombre de personnes sur les terrains durant la pandémie, la majorité des tournois professionnels de premier plan ont remplacé les juges de ligne par le Hawk-Eye Live.

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Les balles frappées à l’extérieur des lignes et les fautes de pied sont appelées grâce à une technologie constituée d’un système de caméras relié à un ordinateur, qui analyse la trajectoire de la balle. Seul l’arbitre de chaise est toujours en poste.

Les « out ! », « fault ! » et « foot fault ! » familiers aux amateurs de tennis sont donc générés depuis plusieurs mois par une voix automatisée. 

« Si le Hawk-Eye Live avait existé à mon époque, j’aurais été de 15 à 20 % meilleur. Mais j’aurais été plus ennuyant », a déjà blagué l’ancien numéro 1 américain John McEnroe, qui avait l’habitude de faire la vie dure aux arbitres.

Cette technologie est similaire à celle du Hawk-Eye – développée par la compagnie du même nom – utilisée par la majorité des tournois professionnels depuis 15 ans. Celle-ci permet aux joueurs de contester à trois occasions au cours d’une manche (quatre en cas de bris d’égalité) un appel de l’arbitre et du juge de ligne. 

18 caméras

Le Hawk-Eye Live, qui doit faire l’appel en temps réel et non pas après une reprise vidéo, nécessite toutefois plus de caméras. On en compte 18 sur chaque terrain, dont six qui indiquent si les joueurs ont commis une faute de pied au service (voir autre texte plus bas). 

Des appareils, comme celui-ci, sont situés à chaque extrémité au fond du terrain.
Photo Martin Chevalier
Des appareils, comme celui-ci, sont situés à chaque extrémité au fond du terrain.

Fini, donc, les contestations. Les athlètes peuvent toutefois demander de consulter la trajectoire de la balle sur l’écran géant. 

Et même si la technologie n’est pas parfaite – il existe une marge d’erreur d’environ 3,6 mm – des joueurs de renom lui font pleinement confiance. 

Car c’est connu, l’erreur est humaine. Des chiffres compilés cette année à Wimbledon, l’un des rares tournois à ne pas avoir utilisé la technologie, montrent que l’appel des arbitres était erroné dans 27 % des décisions qui ont été contestées par les joueurs durant le tournoi. 

Seulement 14 appels erronés

Selon les données obtenues par le New York Times l’an dernier, seuls 14 des 225 000 appels (0,006 2 %) faits par le Hawk-Eye Live dans la première semaine des Internationaux des États-Unis l’an dernier étaient inexacts. 

« C’est super qu’il y ait beaucoup de gens qui aiment le tennis, mais je ne vois pas pourquoi on aurait besoin de ces juges de ligne si nous avons cette technologie », a commenté le numéro 1 mondial, le Serbe Novak Djokovic, en début d’année

« Des fois, j’aimerais avoir le droit de contester, c’est comme plus naturel pour moi. Mais en même temps, je suis sûre à 100 % qu’il n’y a pas d’erreurs », a ajouté Arina Sabalenka, favorite à Montréal, vendredi. 

Mais le Hawk-Eye Live ne compte pas que des adeptes sur le circuit. Certains, dont le Canadien Milos Raonic, estiment qu’il sera difficile de former des juges de ligne pour les tournois mineurs. Car la technologie est trop chère pour les événements de plus petite envergure (voir autre texte plus bas). 

Coûteux, mais plus rapide  

Implanter pareille technologie a toutefois un coût important. Selon les paramètres choisis pour le tournoi, le coût du Hawk-Eye Live est estimé à entre 30 000 $ et 90 000 $ par terrain, d’après des données obtenues par ESPN.

« Tout dépend de la technologie, des graphiques utilisés, du nombre de caméras », a expliqué Diana Hassan de la compagnie Hawk-Eye au Journal. Mais ce n’est pas toujours le tournoi qui paie l’entièreté des frais : il peut aussi s’agir des détenteurs de droits de télévision ou des gouvernements. 

Les tournois doivent aussi s’assurer que des juges de ligne sont sur place, notamment en cas de défaillance.

Tennis Canada a indiqué au Journal que le montant déboursé pour équiper l’Omnium Banque Nationale de Montréal du système cette année avoisine les 300 000 $.

Dispendieux aussi

Sauf qu’embaucher des juges de ligne s’avère aussi coûteux. Pour un tournoi comme celui de Montréal, ils sont environ 80, soit des équipes de sept sur le terrain jusqu’en quarts de finale et de neuf pour les finale et demi-finale. Certains proviennent de l’étranger. Le déplacement et l’hôtel sont payés par les organisateurs.

Et il y a l’aspect spectacle. Si les « challenges vidéo » font désormais partie du tennis, ils ont aussi tendance à ralentir le jeu, à une époque où la WTA et l’ATP tentent de l’accélérer pour garder l’intérêt des téléspectateurs. 

De quoi perpétuer le débat, donc.

Du côté de Hawk-Eye, on dit travailler de près avec les différents tournois afin que la technologie continue à être utilisée après la pandémie.


Le Hawk-Eye live en chiffres :   

  • L’ATP l’a utilisé pour la première fois lors du tournoi « Next Gen », en 2017, à Milan.  
  • Il se retrouvait sur tous les courts des derniers Internationaux des États-Unis l’an dernier, à l’exception des deux principaux.  
  • Les Internationaux d’Australie a été le premier tournoi majeur à le déployer sur tous ses terrains, en février.  
  • Entre 30 000 $ et 90 000 $ par terrain, selon la technologie choisie.  
  • Une marge d’erreur de 3,6 mm
  • 18 caméras sur le terrain, reliées à un ordinateur, dont six pour juger les fautes de pied au service.  

Sources : ATP et ESPN

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