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Proxénète: trop manipulateur pour sortir de prison

Le proxénète de 33 ans n’a fait que des progrès embryonnaires derrière les barreaux

PH-Facebook Claudel Denorvil
Photo tirée de Facebook Claudel Denorvil, 33 ans, a été condamné en 2019 à cinq ans de détention pour avoir forcé deux mineures à se prostituer.

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Un proxénète incarcéré pour avoir recruté des adolescentes, les avoir droguées et forcées à se prostituer ne retrouvera pas sa liberté de sitôt, car ses « qualités » de criminel manipulateur sont encore trop bien ancrées en lui.

Condamné en mars 2020 à cinq ans de détention pour avoir amené deux fugueuses de 16 et 17 ans à se prostituer à Calgary, Claudel Denorvil espérait jouir d’un élargissement hâtif.

Mais la Commission des libérations conditionnelles du Canada le laissera plutôt réfléchir derrière les barreaux durant encore au moins un an, jugeant ses progrès trop « embryonnaires ».

« Vous êtes décrit comme un individu possédant les qualités sur les plans de la duperie, de la manipulation et du mensonge, qui s’avéraient être des caractéristiques liées au proxénète », peut-on lire dans la récente décision.

En juin 2016, Denorvil avait recruté des adolescentes en fugue et leur avait fourni de faux documents d’identité afin qu’elles puissent voyager en avion jusqu’à Calgary.

Ce n’est que sur place qu’une des victimes a compris qu’elle serait obligée de se prostituer et de remettre tous ses profits au proxénète.

Droguées et isolées

« Elle affirme avoir été droguée à son insu tout au long de son séjour, et forcée à se soumettre à des activités sexuelles sous crainte de représailles », ont résumé les commissaires Luc Chamberlain et Jessie Landry-Marquis.

En isolant les victimes dans une autre province, où elles étaient incapables de contacter leurs proches – il leur avait confisqué leur cellulaire –, Denorvil savait comment « accentuer leur vulnérabilité » pour « pouvoir mieux les exploiter », ont-ils dénoncé.

À son procès en 2019, au palais de justice de Montréal, il avait poussé l’audace jusqu’à tenter d’influencer une victime lors de son témoignage, notamment en lui dictant les réponses par texto.

Denorvil s’était pourtant vu interdire par le tribunal d’entrer en contact avec les jeunes femmes.

« Depuis plus d’une décennie, vous adoptez un mode de vie marginal et oisif, vous vivez des fruits de la criminalité [...]. Vous avez eu l’opportunité de vous reprendre en main [...]. Vous avez plutôt tenté d’influencer à répétition une victime afin de vous sortir indemne du processus judiciaire », ont déploré les commissaires.

De son côté, Denorvil a d’abord tenté de minimiser son rôle auprès d’un réseau de prostitution, disant avoir « seulement joué les entremetteurs, pour rendre service aux victimes ».

Il n’est pas un proxénète, a-t-il assuré. Et son risque de récidive est « faible », puisqu’il a pris « sa retraite » de la criminalité, s’estimant « trop vieux pour prendre des risques », a-t-il plaidé.

« Morceaux de viande »

Il a aussi reconnu avoir menti et mani-pulé ses victimes, admettant qu’il s’agissait pour lui « d’un jeu pour arriver à ses fins ».

Claudel Denorvil a même dit être d’avis que « les femmes sont égales aux hommes » et ne sont ni « des morceaux de viande » ni des objets sexuels ».

Mais les commissaires craignent que cela ne soit que de la poudre aux yeux, pour une fois de plus en arriver à ses fins.

« Vous semblez chercher à ajuster votre discours selon les attentes de la personne devant vous », ont noté les commissaires.

Ces derniers ont suggéré une « réinsertion graduelle » en maison de transition, pour Denorvil.

Mais il devra attendre à août 2022 avant de pouvoir tenter d’obtenir sa semi-liberté.