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Comment se dire adieu?

On meurt d’amour, doucement
Photo courtoisie On meurt d’amour, doucement
Francine Minguez
L’instant même
122 pages

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L’amour et l’exil se confondent dans un roman qui fait revivre la vague d’immigration chilienne qui a marqué le Québec des années 1970. 

Les amours déçues des femmes se ressemblent souvent : elle l’aime malgré ses défauts, il finit par la quitter pour une plus jeune et plus « sémillante », elle lui garde malgré tout un fond de tendresse que la maladie du monsieur vieillissant ranimera, d’autant qu’il reviendra vers elle...

À ce scénario connu, Francine Minguez ajoute toutefois des éléments qui donnent une autre dimension à l’histoire racontée.

L’amour, ici, a pris naissance dans un autre pays et a été marqué par des luttes politiques qui vont en colorer la suite une fois le couple arrivé au Québec. 

Le roman On meurt d’amour, doucement est donc aussi une histoire d’exil. Sa narratrice s’appelle Daniela, elle est d’origine chilienne, et, à 67 ans, elle tire le bilan de 40 ans de vie ici.

Avec son conjoint Roberto, elle a fui la dictature de Pinochet, où elle a été emprisonnée et battue, comme l’ont fait des milliers d’autres Chiliens que le Québec a accueillis à bras ouverts.

Le couple, du moins le croit-elle, est uni par l’amour et la souffrance. Dans un Chili étouffé par la peur, « à notre sujet au moins, mes parents avaient fini par être rassurés, nous croyant non seulement à l’abri, mais heureux et toujours soudés de près ». 

Mais Roberto est un séducteur et il quittera Daniela et leur petit garçon de 5 ans. Cet enfant en partage maintient néanmoins le lien entre eux. Et puis elle tient à Roberto, parce qu’il la ramène à son pays natal, dont les souvenirs se ravivent en vieillissant.

Car Daniela a beau s’être pleinement intégrée au Québec, plongeant dans sa culture et militant pour son indépendance, il y a des réflexes qui n’y sont pas, n’y seront jamais. Quand on a été persécutée pour ses idées, impossible ainsi de se sentir « toujours si sûre de ses mérites et de ses droits », comme l’est son amie Sylvie.

Daniela a aussi été agressée dans les rues de Montréal. Elle en garde des traces physiques qui ont marqué ses rapports avec Roberto.

Une amoureuse des mots

Francine Minguez nous raconte tout cela dans un récit qui papillonne au gré des sentiments de sa Daniela qui « écrit à un rythme de damnée ».

C’est qu’elle a fait de celle-ci une amoureuse des mots et une aficionada du français, quasi-écrivaine qui se demande si sa vie ne mériterait pas un roman. En optant pour une forme moins organisée, Minguez appuie plutôt, et c’est heureux, sur les accents de vérité des confessions de Daniela.

Celle-ci les entame d’ailleurs en spécifiant : « Grâce à l’écriture, je ne renonce à rien, je répare tout dans mon existence, je rapièce, ravaude, rapatrie [...], je me recrée une famille, même un pays ». 

Ce rapiéçage à beaucoup de fils donne une trame colorée, attachante.