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L’élection la plus coûteuse de l’histoire?

Le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, a demandé que la prochaine campagne soit plus longue qu’à l’habitude. Cette requête semble avoir été ignorée par Justin Trudeau.
Photo tirée de Facebook Le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, a demandé que la prochaine campagne soit plus longue qu’à l’habitude. Cette requête semble avoir été ignorée par Justin Trudeau.

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Tout indique que les élections fédérales que s’apprête à déclencher Justin Trudeau seront les plus coûteuses de l’histoire du pays. 

On dit que la démocratie n’a pas de prix, mais l’organisation d’un scrutin en temps de pandémie engendrera des coûts supplémentaires et des défis logistiques colossaux. Pensons simplement à la location des espaces dédiés aux bureaux de vote. 

Avec le variant Delta qui se propage, quelle école ou quelle résidence pour aînés voudra accueillir des centaines d’électeurs ? En pleine pénurie de main-d’œuvre, qui acceptera d’aller travailler dans les bureaux de scrutin ? Bonne chance à Élections Canada pour trouver des locaux et embaucher du personnel !

Le bureau du Directeur général des élections est en mode magasinage, depuis plusieurs mois. Selon des documents publics, l’organisme a déjà réservé 18,8 millions de masques chirurgicaux, 577 770 bouteilles de désinfectants et 126 100 écrans de protection en plexiglas. S’ajoutent à cette liste 16 millions de crayons, car ils seront à usage unique pour vous permettre de tracer un X en toute sécurité. Il faudra aussi désinfecter les isoloirs, et on a déjà prévu l’utilisation d’au moins 40 000 lingettes désinfectantes. 

Bref, la liste des emplettes est longue pour organiser un scrutin en temps de pandémie. 

Facture

Mais au fait, combien coûtent des élections fédérales en temps « normal » ? En 2019, la facture s’est élevée à 507,9 millions de dollars. En dollars constants, il s’agissait déjà d’une augmentation de 36 % des coûts par rapport au scrutin de 2011. Les élections de 2019 ont donc coûté l’équivalent de 18,56 $ par électeur. Avec toutes les dépenses supplémentaires liées à la pandémie, la facture d’une élection cette année risque d’être pas mal plus salée. 

Selon les prévisions d’Élections Canada, jusqu’à cinq millions d’électeurs pourraient opter pour le vote par la poste, ce qui représentera un redoutable défi logistique. Il s’agit d’un nombre 100 fois plus élevé par rapport aux dernières élections. 

Attendez-vous à ce que les résultats finaux soient retardés de plusieurs jours, voire d’une semaine, étant donné que les bulletins de vote postés ne seront comptés qu’après les bulletins réguliers. 

Nécessaire ? 

Selon vous, des élections fédérales sont-elles utiles et nécessaires cet été ? On ne peut pas affirmer que les Canadiens sont envahis par une fièvre préélectorale. Néanmoins, en menant un sondage, le Directeur général des élections a appris que 70 % des Canadiens seraient prêts à aller voter, à condition qu’ils se sentent en sécurité. 

Pour atteindre ce taux de participation, il faudra donc fournir des milliers de bureaux de vote et de grands espaces pour respecter une distance physique appropriée. Il faudra tout faire pour éviter des files d’attente monstres aux abords de ces bureaux, et s’assurer d’une ventilation appropriée à l’intérieur. 

Fait rare, Élections Canada a publiquement demandé que la prochaine campagne soit « plus longue » afin d’avoir le temps de « mettre en place des mesures de sécurité ». Tout indique que le premier ministre va complètement ignorer cette demande en donnant le coup d’envoi à une campagne de 36 jours seulement, soit le minimum prévu par la loi électorale. 

La démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût ! Ce dernier sera assurément historique si Justin Trudeau demande un troisième mandat durant la quatrième vague.