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Quand la CIA joue à Nostradamus

Quand la CIA joue à Nostradamus
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Depuis 1997, à chaque élection présidentielle aux États-Unis, la CIA, à travers son National Intelligence Council, fournit un rapport au nouvel occupant de la Maison-Blanche sur ce qui l’attend dans un futur plus ou moins rapproché. Un genre de « Le monde selon la CIA ». Les meilleurs chercheurs et analystes, recrutés par The Company, scrutent tous les aspects de la vie politique et dressent les grandes tendances de demain. Ce document guidera le nouveau président dans ses prises de décision. Une sorte de mode d’emploi qui pourrait finalement laisser peu de place aux initiatives présidentielles. 

On peut aisément penser que ce vade-mecum est « partisan », peu importe que le président soit démocrate ou républicain. On ne peut, en effet, imaginer une CIA neutre ou ayant à cœur d’aider les pays pauvres du Tiers Monde. D’ailleurs, le préfacier, Piotr Smolar, ne se gêne pas pour afficher ses couleurs. D’un côté, les bons sous la houlette de Donald Trump, de l’autre, les méchants, la Chine, la Turquie et la Russie, présentés comme des « États carnivores [qui] privilégient la force brute et la politique du fait accompli. [...] En fonction du contexte, ils plient et déplient le droit international comme une chaise de jardin. [...] Leurs machines autoritaires broient la réalité au quotidien. »  

Ce rapport, nous dit l’éditeur, a été rendu public le 8 avril dernier et il se trouve sur la table de travail de Joe Biden. Mais cette année, la COVID-19 est venue brouiller les cartes. L’exercice d’anticipation est d’autant plus risqué qu’on ne sait absolument pas quand prendra fin la pandémie. 

Démographie et climat

Même si on est prévenu, par le préfacier, qu’il ne s’agit pas d’un exercice neutre, certaines données et statistiques sont intéressantes. Ainsi, dans 20 ans, la population mondiale pourrait atteindre 9,2 milliards d’êtres humains, et dans quelques années, la population de l’Inde dépassera celle de la Chine. La question démographique donc et son corollaire, les migrations dues aux déficits et pénuries alimentaires, seront encore et toujours au centre des débats en 2040.

Le rapport parle des « détresses sociales », dues à l’automatisation de plus en plus généralisée des tâches productives, entraînant pertes d’emplois et de salaires. Même des professions comme médecins, professeurs et ingénieurs ne seront pas épargnées.

Les changements climatiques sont aussi largement abordés. « Mais, nous prévient Smolar, les auteurs du rapport mettent en garde contre des expérimentations inconsidérées pour réguler la température terrestre [...] susceptibles de provoquer des “effets secondaires catastrophiques imprévus” et des “changements dévastateurs” dans les systèmes météo et les précipitations. » De quoi donner froid dans le dos.

En divisant le monde en deux et en marginalisant le Tiers Monde, Piotr Smolar donne l’impression que ces nouveaux défis concernent uniquement « les dirigeants de nos démocraties libérales ». Il semble oublier que les changements climatiques agissent à l’échelle planétaire et tous les pays sont concernés par ces bouleversements. Les ententes et coopérations doivent donc être globales.

En 2040, disent les auteurs, nous serons connectés mur à mur. Inutile de dire que le droit à la vie privée sera menacé par l’invasion d’internet. Et que l’industrie de la « fausse nouvelle » roulera à plein rendement.

Finalement, les rédacteurs proposent cinq scénarios, allant de l’optimisme angélique au catastrophisme de style hollywoodien. Mais tout cet exercice ne débouche sur rien de novateur. Dans ce document de 256 pages, on ne mentionne en aucun moment les mots « justice sociale » ou « redistribution de la richesse ». Encore moins le mot « révolution ». On se berce encore une fois d’illusions en refusant de voir le monde tel qu’il est en devenir et en affirmant que « le leadership américain s’est avéré essentiel à la coordination multilatérale et à la concentration sur les défis mondiaux ». 

Pauvre Biden ! 

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