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Qui sont les responsables du désastre afghan?

Qui sont les responsables du désastre afghan?
Photo AFP

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Les horreurs de la désintégration actuelle de l'armée afghane mettent le Pentagone dans le plus profond embarras. Pendant 15 ans, des généraux galonnés et médaillés jusqu’aux oreilles ont paradé devant des commissions du Congrès et dans les médias pour vanter la résilience, le moral et l’efficacité de l’armée nationale afghane. À la première confrontation: pfuit, disparue!

Et cette bande de menteurs radotait toujours le même refrain: Les États-Unis restent déterminés à accomplir leur mission en Afghanistan. Déterminés à faire quoi? Déterminés à sauver la face. Les généraux et les présidents américains ne peuvent pas admettre la défaite. Ils préfèrent prolonger les guerres perdues jusqu’à la fin de leur mandat.

Les États-Unis ne savaient plus d’ailleurs très bien eux-mêmes ce qu’ils faisaient dans ce pays depuis plus de dix ans. En 2002, Oussama ben Laden s’était réfugié au Pakistan.

À l’origine, ils ont envahi l’Afghanistan pour chasser les talibans du pouvoir et les remplacer par un gouvernement proaméricain dirigé par Hamid Karzai et son entourage de kleptomanes et de trafiquants de drogues.

La stratégie américaine en Afghanistan, endossée par les pays de l’OTAN qu’ils ont embarqués dans cette galère, était fondée sur l’idée que des milliers de milliards de dollars (trillions) pourraient créer un gouvernement démocratique stable dans un pays qui n'en a jamais eu et qui n’en voulait pas vraiment. Les milliards ont créé une classe dirigeante de pillards.

Si le Pentagone avait procédé à une formation intensive de l’armée afghane entre 2002 et 2006, lorsque les talibans étaient faibles et désorganisés, les choses auraient pu être différentes. Au lieu de cela, l'idiot de Bush, poussé par Cheney et Rumsfeld, a décidé de renverser Saddam Hussein, se désintéressant de l'Afghanistan pour concentrer ses efforts en Irak. La résurgence des talibans au début des années 2000 s’explique pour une bonne part par la présence de troupes étrangères dans un pays qui était fier d’avoir déjà botté le derrière des Anglais et des Russes.

Les talibans gagnent parce qu’ils ont l’appui de la population au sein de laquelle ils sont comme des poissons dans l’eau, pour reprendre l’expression de Mao. Mais aussi parce qu’ils ont pu compter sur les services secrets militaires pakistanais. Oui, oui, le Pakistan, principal allié des États-Unis dans la région, soutient la guérilla talibane.

  • Écoutez la chronique de Normand Lester au micro de Mario Dumont à QUB radio:

Comment expliquer l'échec colossal des États-Unis dans leur guerre la plus longue? Vingt ans, 2500 morts, 20 000 blessés et 1000 milliards de dollars pour créer une armée de 300 000 hommes qui s'est désintégrée en 72 heures. C’est avant tout une question de culture. Les Afghans refusaient les valeurs occidentales qu’on voulait leur imposer.

Les talibans étaient prêts à mourir pour que le pays reste fidèle à sa religion, son mode de vie et ses traditions. Les Afghans qui se rangeaient du côté des étrangers étaient considérés comme des traîtres. Ils craignent maintenant pour leur vie et pour celle des membres de leur famille. Les armées d’occupation étrangères chassées, les talibans vont recréer un émirat islamique: 99% de la population afghane est musulmane, dont 80% de sunnites et 20% de chiites.

Washington est confrontée à l'anéantissement d'un effort générationnel visant à convertir l'Afghanistan en une démocratie à l'occidentale. Une entreprise totalement irréalisable. Joe Biden, qui a eu le courage d’y mettre fin, de dire non au Pentagone et aux va-t-en-guerre, tant démocrates que républicains, va porter le chapeau de la défaite.

Les revers militaires et l’humiliation qu’ils engendrent favorisent généralement la droite conservatrice. On verra aux élections mi-mandat de 2022 si l’Afghanistan contribuera à déplacer l’électorat vers le parti républicain, qui commence déjà à dénoncer Biden pour avoir «perdu» l’Afghanistan. L’aile populiste idiote et confuse du GOP a toujours défendu des politiques belliqueuses sur le plan international, tout en favorisant des réductions draconiennes des impôts.